Le Wall Street Journal prête à Amazon l'intention de créer des comptes courants pour ses clients, en partenariat avec plusieurs banques américaines, dont JPMorgan Chase et Capital One. Avec ces comptes estampillés "Amazon", la firme de Jeff Bezos et les banques espèrent attirer les jeunes adultes et les gens encore sans compte.

En clair, le géant de l'e-commerce ne souhaite pas (encore) devenir lui-même une banque. Mais les jeunes gens ne disposant pas de compte en banque sont une des rares franges de la population qui lui échappent encore. Voilà pourquoi Amazon souhaiterait étendre encore un peu son influence dans le secteur des paiements en collaborant avec des banques qui proposeraient des comptes aux clients du commerce en ligne.

Pour rappel, plusieurs services de ce genre existent déjà outre-Atlantique pour les clients du service Prime. Des cartes Visa arborant le logo d'Amazon en lieu et place de celui de la banque émettrice. En outre, plusieurs types de cartes bancaires offrant des réductions et autres avantages à leurs utilisateurs ont été lancées depuis 2002. N'oublions pas non plus Amazon Pay, même si le système n'en est qu'à ses débuts.

Cette nouvelle incursion d'Amazon dans le monde des banques a de quoi les inquiéter malgré la coopération qui se dessine. La puissance de la firme et sa capacité à investir potentiellement dans n'importe quoi n'importe quand pourraient représenter une menace à plus long terme. D'ailleurs, la santé, l'automobile, l'alimentaire et autres ne craignent plus l'Uberisation mais l'Amazonisation aux Etats-Unis. Les banques, de leur côté, travaillent de plus en plus en partenariat avec des fintechs pour tenter de contrer l'arrivée des GAFA.

Les données bancaires sont des biens précieux et convoités, ce qui explique cette concurrence dure entre géants du web. Facebook, Tencent et Alibaba, par exemple, se sont déjà lancés dans le secteur bancaire d'une façon ou d'une autre. Amazon n'a par ailleurs jamais intégré PayPal comme mode de paiement, le but étant d'accaparer le plus de données possibles sur ses clients sans partager ces connaissances. Des cartes de paiement, dans ce cas-ci, permettent par exemple d'étendre une base de données d'habitudes shopping déjà large aux achats hors-ligne. Outre cette compétition féroce, avoir des comptes courants permettrait à Amazon d'économiser 250 millions de dollars en commissions interchange sur chaque règlement sur son site, chaque année.

Selon les experts de Bain & Company, Jeff Bezos a toutes les chances de réussir cette disruption, notamment car les frais seraient pour Amazon très limités, n'ayant pas à entretenir un réseau d'agences ou des centres d'appel. Toujours selon Bain & Company, la vaste base de clients d'Amazon en ferait l'entreprise technologique américaine la mieux placée pour réussir dans ce secteur avec un potentiel estimé de 70 millions de clients aux USA dans cinq ans.

Comme le craignent aussi les banques traditionnelles, le cabinet de conseil pense que ce service en co-branding n'est que le début pour l'entreprise de Seattle, qui développera par la suite tout un portefeuille de services financiers pertinents et adaptés aux clients grâce aux données dont elle dispose, lui permettant également d'en engranger encore davantage. En Europe, il n'est encore question de rien de tout cela.

 

Photo originelle : Mike Seyfang sur Flickr


Publié le 12 mars 2018