Malgré le contexte mondial difficile, l'économie de la zone euro a poursuivi sa croissance en 2018, même si elle n’aura été que de 0,2 % au cours des deux derniers trimestres de l'année. Certaines valorisations d'actions européennes ont cependant chuté à des niveaux qui pourraient faire croire que la zone euro est déjà entrée en récession. Pour Azad Zangana, économiste spécialiste de l’Europe, et Martin Skanberg, gestionnaire de fonds d'actions européennes chez Schroders,  cette conclusion est exagérée. Ils ne croient pas au scénario d'une récession au sein de la zone euro et sont plus positifs que le marché à l'égard des actions européennes.

Les marchés extrêmement négatifs à propos de l'Allemagne

Pour la plupart des pays européens et l'indice de référence paneuropéen, les valorisations boursières se situent actuellement au-dessus du niveau des deux récessions très profondes du passé récent. L'Italie fait figure d’exception. Au pays de la Dolce Vita, l'incertitude politique et les inquiétudes concernant la santé du secteur bancaire font plonger les valorisations du marché boursier italien sous le niveau enregistré pendant la crise de la dette. L'autre exception est l'Allemagne. Les valorisations actuelles du DAX y sont inférieures à celles pendant la crise financière mondiale. Les marchés semblent donc envisager un scénario extrêmement négatif pour les actions allemandes.

  L'Allemagne souffre du conflit commercial entre les États-Unis et la Chine

Comme l'économie allemande est axée sur l'exportation, le pays est sensible aux préoccupations suscitées par les conflits commerciaux. Les gros titres des journaux se focalisent sur les États-Unis et la Chine, mais le président Trump a aussi menacé d'augmenter les tarifs douaniers pour les produits européens. De plus, l’imbrication des chaînes d'approvisionnement mondiales atteint un degré tel que la perturbation risque de s'étendre bien au-delà des deux principaux antagonistes. Les conflits commerciaux pourraient avoir un impact sur la demande en provenance de Chine. Le Brexit pourrait également avoir un effet perturbateur au Royaume-Uni, autre marché d'exportation important de l'Allemagne.

  Le ralentissement de l'économie allemande pourrait n’être que temporaire

La croissance allemande a été décevante au second semestre 2018, avec une contraction de -0,2 % sur une base trimestrielle au T3, suivie d'une croissance plate au T4. Azad Zangana pense que ces résultats s'expliquent surtout par des facteurs temporaires, comme les perturbations de l'approvisionnement de l'industrie automobile dues à l'introduction de nouveaux tests d'émissions. Mais le faible étiage du Rhin a aussi empêché l'acheminement des matières premières vers les usines. Azad Zangana estime que les perturbations dans l'industrie automobile ont entraîné à elles seules une baisse de 0,5 point du PIB sur une base trimestrielle.

Les risques sont nombreux en ce moment, mais est-ce que cela justifie les niveaux de valorisation extrêmement bas ? Azad Zangana pense que non : « Comme nous ne prévoyons pas de récession en l'Allemagne ou dans la zone euro en 2019, nous sommes plus positifs que le marché à propos des actions européennes ». Schroders prévoit pour la zone euro une croissance de 1,6 % en 2019 et de 1,7 % en 2020. L'Allemagne devrait enregistrer une croissance de respectivement 1,4 % et 1,6 %.

  Certains secteurs du marché boursier européen sont sur-vendus

Pour Martin Skanberg, il est clair que certains secteurs du marché boursier européen ont tellement chuté à la fin de 2018 qu'ils ont été selon lui « sur-vendus ». Certains secteurs sensibles sur le plan économique se négocient à des niveaux C/B très bas, tandis que beaucoup de stocks défensifs ont atteint des nouveaux sommets. Le cours des actions de nombreuses entreprises des secteurs de l'automobile ou de l'emballage, par exemple, semble refléter aujourd'hui un pessimisme extrême. Il s’agit, selon Martin Skanberg, des secteurs qui pourraient donner d’excellents résultats en cas d’amélioration du sentiment économique.

Un exemple. Le secteur de l'automobile se négocie actuellement à un ratio C/B de 6,7x. À titre de comparaison, le secteur des boissons, qui est souvent considéré comme un refuge défensif et sûr pour les investisseurs en période économique difficile, enregistre pour sa part un ratio de 22,2x. Martin Skanberg ajoute que la croissance économique générale n'est pas le seul moteur des cours boursiers : « Une restructuration peut aussi avoir un effet moteur, lorsque les entreprises prennent elles-mêmes des mesures visant à améliorer leur croissance et/ou le cours de l'action, indépendamment des conditions générales du marché. Les mesures de restructuration telles que les économies réalisées sur les coûts, l'amélioration du rendement pour les actionnaires et la simplification du fonctionnement de l’entreprise peuvent être des outils puissants pour créer de la valeur pour les actionnaires ».  

Même lorsque des actions semblent très bon marché, il est impossible de dire avec certitude si le marché les valorisera à un niveau plus élevé. Le Brexit et le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis sont actuellement au centre de l’attention. Ces questions - comme d'autres - peuvent toujours perturber les marchés boursiers, mais il se peut que aussi la perturbation se reflète déjà dans les prix.

 

Lire aussi Are investors too pessimistic on European shares? d'Azad Zangana, économiste spécialiste de l’Europe, et Martin Skanberg, gestionnaire de fonds d'actions européennes chez Schroders.


Publié le 27 février 2019