Portfolio Manager au sein d'ING Luxembourg, Jean-Yves Leborgne revient pour InFinance sur une année de Brexit, ses impacts économiques et les réactions de l'UE face à un accord qui traîne à être trouvé.

Plus d'un an après le référendum organisé par le Royaume-Uni et sa future sortie de l'UE, quels ont été les impacts économiques de cette décision sur les états membres ?

Sur le plan économique, rien n’a vraiment changé pour l’instant. Par contre, le camp britannique est allé de désillusions en désillusions. Tout d’abord, il a échoué à diviser les autres pays de l’Union européenne. Ensuite, à cause d’un manque de préparation évident, il a dû accepter la séquence de négociation fixée par la Commission. En effet, le Royaume-Uni a cherché à obtenir que tout soit négocié en même temps mais c’est la ligne de Mr Barnier, négociateur en chef, qui a prévalu et qui prévoit une négociation séquentielle.

A noter aussi que le camp britannique aborde cette négociation dans une position plus fragile après le coup politique raté de Theresa May lors des élections parlementaires anticipées de juin dernier. On soulignera enfin que l’année écoulée n’a pas démontré que le Brexit était une bonne affaire pour quiconque et en premier lieu pour le Royaume-Uni, puisque l’activité économique est en train de ralentir outre-manche sous l’effet conjugué de la baisse de la livre sterling (-15% par rapport à l’euro depuis le résultat du référendum en juin 2016) et d’une recrudescence de l’inflation qui affecte les dépenses de consommation et in fine la croissance du PIB britannique puisque celui-ci devrait s’afficher en baisse cette année, à 1,5% contre 1,8% en 2016.

 

Le Brexit peut-il plonger l'Europe dans une nouvelle crise financière ? Comment s'en protéger ?

Plus d’un an après le referendum, les effets économiques et financiers du Brexit se font de plus en plus sentir, principalement sur l’économie britannique. D’un côté, la dépréciation de la livre impacte l’inflation. Alors qu’elle n’était que de 0,6% en juillet 2016, elle atteint 3% en octobre 2017. La dépréciation de la devise britannique n’est certes pas la seule cause de cette forte montée de l’inflation, mais elle semble y avoir contribué. Toujours est-il qu’à ce jour, l’inflation britannique est bien au-dessus de l’objectif de la Banque centrale.

Le Royaume-Uni est la 5e économie mondiale et la 2ème en Europe derrière l’Allemagne et représente 15% des exportations de la zone euro. Il est donc évident que si sa croissance s'effondre, il y aura forcément des répercussions et autres dommages collatéraux. Ce qui est sûr, c’est que le secteur financier pourrait être le grand perdant du Brexit car en prévision de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, plusieurs banques américaines ou du Moyen-Orient ont annoncé vouloir transférer une partie de leurs activités, les conséquences sur l'emploi pourraient donc être importantes : on estime que près de 10.000 emplois pourraient être ainsi délocalisés du Royaume-Uni après le Brexit.

En revanche, cet impact pourrait être beaucoup plus conséquent si le Royaume-Uni ne parvenait pas à trouver un accord avec l'Union européenne. Dans cette hypothèse, les établissements dans la City de Londres pourraient se voir privés du fameux passeport financier européen qui leur qui permet de fournir des services dans l’ensemble de l’Union européenne à partir de sociétés enregistrées au seul Royaume-Uni. Sauf si un accord spécifique est conclu pour maintenir cet avantage, environ un quart des recettes de services financiers pourrait disparaître. Par extension, c’est l’ensemble de l’écosystème financier de Londres qui pourrait être remis en cause.

Pour les banques de la zone euro, elles ne sont pas dans la même configuration qu'en 2008. Depuis la crise, les banques ont été obligées de renforcer leurs réserves en fonds propres. L'union bancaire, progressivement mise en place dans la zone euro, doit éviter le risque de faillites en chaîne. Et pour l’instant, cela fonctionne plutôt bien.

 

Comment les marchés financiers ont-ils réagi dernièrement au fait qu'un accord entre le Royaume-Uni et l'UE traîne à être trouvé ?

La préparation au Brexit s’annonce très compliquée mais le prochain sommet européen du 15 décembre pourrait tout de même voir aboutir les discussions sur les trois thèmes préliminaires à la négociation commerciale, à savoir (i) les engagements financiers du R-U envers l’Europe, (ii) la question de la frontière irlandaise et (iii) les droits des citoyens européens. Si ces questions aboutissent, les négociations commerciales pourront enfin débuter en 2018.

Compte tenu de la masse de points à aborder, il paraît impossible qu’un accord soit trouvé pour la fin de l’année 2018. Or, seul un accord bouclé avant la fin de l’année prochaine laisserait assez de temps aux parlements nationaux et régionaux pour ratifier l’accord conclu avant que le « divorce » ne soit prononcé fin mars 2019. Une période plus ou moins longue de transition sera donc nécessaire. Mais même dans ce cas de figure, le démantèlement des liens entre le Royaume-Uni et l’Union européenne semble très complexe. Ceci pourrait inciter des entreprises localisées outre-manche à prendre des décisions de délocalisation avant même la conclusion d’un accord.

N’étant manifestement pas en position de force dans la négociation, les Britanniques brandissent régulièrement la menace d’un non-accord commercial. Dans ce cas, les règles « standards » de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) prévaudraient, comme avec tout pays pour lequel il n’existe pas d’accord commercial (la Chine par exemple). Le Royaume-Uni ne semble pas effrayé par une telle perspective : il pourrait attirer des entreprises par une fiscalité particulièrement intéressante ou compenser les tarifs douaniers par une dépréciation de sa devise. Affaire à suivre…


Publié le 01 décembre 2017