Les investisseurs institutionnels détiennent depuis longtemps des positions stratégiques en obligations des marchés émergents. Mais à quoi faut-il être attentif dans cette catégorie ? Dans son « Guide pour investir dans la DME (dette des marchés émergents) », Schroders examine la véritable différence entre les obligations en devises fortes et les obligations en devises locales (plus faibles), les raisons pour lesquelles on peut ou ne peut pas comparer la valeur des obligations des marchés émergents, ainsi que la valeur de l’indice de référence sur ce marché.

Les défis auxquels les marchés émergents ont été confrontés au cours de la décennie écoulée ont quelque peu refroidi l’enthousiasme des investisseurs pour cette région. Mais la baisse continue des rendements obligataires des marchés développés a ravivé l’intérêt pour les obligations des marchés émergents (ME) et leur rendement plus élevé, note Kristjan Mee, stratégiste chez Schroders

 

Croissance des obligations ME en monnaie locale

La DME est toujours considérée comme une niche. Or, elle représente quand même 22 % du total du marché obligataire. 85 % des obligations ME sont émises en monnaie locale et 15 % en devises fortes. La part des obligations en monnaie locale va sans doute augmenter étant donné que les pays émergents cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des financements extérieurs. La part de la DME dans le marché mondial de la dette est encore relativement faible. Le PIB des marchés émergents représente en effet 41 % du PIB mondial, mais on s’attend à ce qu’il atteigne 45 % d’ici 2024. 

Depuis 2011, la part des obligations ME en monnaie locale a légèrement diminué, à cause de la faiblesse chronique de certaines devises des marchés émergents. Cela réduit la valeur de l’encours de la dette quand elle est libellée en USD.

À l’avenir, la part de la dette en monnaie locale pourrait à nouveau augmenter à mesure qu’un nombre croissant de pays développent leur marché obligataire intérieur afin de réduire leur dépendance vis-à-vis du financement extérieur. En outre, un redressement des devises des marchés émergents entraînerait automatiquement une plus grande part de la dette en devise locale lorsqu’elle est libellée en USD.

Les obligations ME émises en dollars ou en devises fortes peuvent augmenter le rendement, mais elles souffrent d’un manque de diversification et de liquidité. Au cours de la décennie écoulée, ce segment a enregistré de bons rendements. Mais les obligations ME en monnaie locale offrent une meilleure liquidité et une meilleure diversification. Malgré l’augmentation de la DME en monnaie locale, le marché des devises fortes reste une source importante de financement pour les petits pays émergents qui n’ont pas un marché intérieur bien développé. La vente d’obligations à des investisseurs internationaux est souvent le seul moyen qu’ont ces pays d’emprunter.

Le marché de la dette ME en devises fortes représente un total de 4,3 billions de dollars réparti comme suit : 1,3 billion de dollars d’obligations souveraines et 3 billions de dollars d’obligations des entreprises. La première catégorie d’obligations constitue la plus petite partie de l’univers de la DME, mais elle est détenue principalement par des investisseurs internationaux. Si l’on examine la situation par région, l’Asie est la plus grande région, la Chine représentant à elle seule 20 % de l’ensemble de la dette négociable. Le Mexique et le Brésil sont les deux plus grands émetteurs d’Amérique latine.

En revanche, la dette en monnaie locale, d’une valeur de 24,8 billions de dollars, est répartie de manière à peu près égale entre obligations souveraines et obligations des entreprises. Géographiquement, la DME en monnaie locale est encore fortement axée sur l’Asie et la Chine. L’Asie et la Chine représentent respectivement 78 % et 57 % de l’ensemble de la dette négociable en monnaie locale. Cela ne veut pas dire pour autant que les autres marchés obligataires locaux soient de taille modeste. Le Brésil, la Corée du Sud et l’Inde, par exemple, ont de grands marchés obligataires nationaux pesant chacun plus d’un billion de dollars américains.

La DME est un joli complément au portefeuille

D’après Kristjan Mee, la DME peut être un complément utile aux portefeuilles d’investissement parce que les rendements des obligations des pays développés sont tombés à des niveaux historiquement bas. Mais les investisseurs doivent percevoir les différences entre les obligations libellées en monnaie forte et celles libellées en monnaie locale. Bien que les obligations ME en devises fortes puissent augmenter le rendement du portefeuille, cette classe d’actifs présente des carences en termes de diversification et de liquidité. Les obligations en monnaie locale sont, en revanche, plus liquides et elles offrent une meilleure diversification. Elles constituent aussi la majeure partie du marché, bien que les investisseurs doivent regarder au-delà des indices de référence pour appréhender toutes les opportunités du marché.

Dans la catégorie des obligations ME en monnaie locale, la valorisation n’est pas uniforme. Un pays émergent n’étant pas l’autre, ces différences se reflètent aussi dans les rendements obligataires. Les pays offrant des rendements réels positifs sont un bon point de départ. Par ailleurs, la plus grande valeur est à trouver dans les devises des marchés émergents, qui se sont fortement dépréciées depuis 2011.

Investir dans les marchés émergents n’est pas sans risque. Les investisseurs disposant d’une certaine flexibilité sont mieux servis par une stratégie sans restrictions permettant d’exclure certains pays. 

 

Communiqué par Schroders


Publié le 12 février 2021