Quel est l’impact de la crise sanitaire sur le secteur financier luxembourgeois? Qu’en est-il de la stabilité du système financier luxembourgeois à moyen et à long terme? Réunis en Commission des Finances, les députés ont eu un échange de vues avec le Directeur général de la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF), Claude Marx, au sujet de l'impact de la crise sanitaire sur le secteur financier.

Claude Marx a confirmé aux députés que la place financière luxembourgeoise s’est montrée résiliente face à la crise sanitaire. Le secteur financier a bien fonctionné tout au long de la crise sanitaire et « aucun signe d’alerte d’une crise financière » n’a pu être constaté, a expliqué Claude Marx aux députés. Par contre, le Directeur général de la CSSF a souligné que « la relative bonne performance » du secteur financier ces derniers 15 mois ne doit pas relativiser la situation dramatique face à laquelle certains secteurs (le domaine du spectacle, l’Horeca etc.) sont confrontés depuis le début de la crise sanitaire.

Industrie des fonds : un record absolu, mais pas de bulle en vue

L’industrie des fonds et le secteur bancaire sont les deux piliers fondamentaux de la place financière luxembourgeoise.

Pour ce qui est de l’industrie des fonds d’investissement au Luxembourg, la CSSF a constaté que le secteur a atteint un record absolu avec un total d’environ de 5250 milliards d’euros des actifs. D’après Claude Marx, ce record absolu ne risquerait pas d’entraîner une bulle. Les fonds seraient une bonne alternative d’investissement et les fonds luxembourgeois seraient diversifiés.

Secteur bancaire : pas d’incidences majeures

Le deuxième pilier de la place financière luxembourgeoise est le secteur bancaire. Au niveau opérationnel, la CSSF n’a pas constaté de problèmes majeurs. Pour ce qui est de la sécurité des infrastructures technologiques, il y a eu quelques incidents mineurs, mais qui ont été gérés de manière efficace. Dans toute la zone euro, 20 à 30 cyber-attaques par trimestre ont été déclarées en 2020: un « nombre faible, mais qui représente une augmentation de 50% » par rapport à 2019, a constaté Claude Marx. En termes de solvabilité et des liquidités des banques, tout semble être dans le vert. A la moitié de l’année 2020, les banques ont enregistré 13.000 demandes de moratoires sur les crédits en cours pour une somme d’environ 3,6 milliards d’euros. Actuellement, le chiffre est descendu à 400 millions d’euros avec 1.600 demandes. Claude Marx a souligné que cette somme de 400 millions d’euros n’est pas entièrement due à la crise sanitaire.

La rentabilité des banques à long terme

Au cours des discussions avec les députés, Claude Marx a constaté le phénomène de rentabilité des banques en train de diminuer. De manière générale, la CSSF constate que les frais des banques augmentent plus rapidement que leurs revenus. Ce phénomène n’est pas lié à la crise sanitaire, mais il s’agit d’une évolution des derniers six ans sur laquelle « il faudrait garder un œil», a encore précisé le Directeur Général de la CSSF. Actuellement. au Grand-Duché une banque sur six ne fait plus de bénéfice. Cette « perte de rentabilité » s’explique majoritairement par des investissements massifs au niveau des infrastructures informatiques, le niveau des taux d’intérêts, le coût du personnel, les frais liés aux mesures contre le blanchiment d’argent etc. Un député a également constaté que les banques sont confrontées à des frais supplémentaires à cause de la réglementation européenne toujours plus complexe. Ce député craint une perte de concurrence des banques européennes. Claude Marx a expliqué que ce phénomène peut être constaté un peu partout dans le monde.

Le Brexit et la place financière luxembourgeoise

Les députés se sont encore renseignés sur l’impact du Brexit sur la place financière luxembourgeoise. Claude Marx a souligné qu’il ne détient pas de chiffres exacts sur l’implantation d’entreprises ou de personnes au Grand-Duché depuis la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Il a précisé que le Luxembourg ne s’est jamais affiché en tant que concurrent de Londres et qu’il n’est certainement pas un « gagnant du Brexit ». Selon lui, la coopération entre les deux pays au niveau du secteur financier est complémentaire et les deux places financières ont trouvé un « bon modus operandi » surtout face à l’absence d’un accord sur les services financiers.

Résumé des travaux de la commission des Finances publié par la Chambre des députés


Publié le 08 juin 2021