Notre pays fait montre de profondes mutations pour épouser la logique du changement de paradigme, le Luxembourg est un pays qui compte une presse qui dans son ensemble, accompagne plutôt bien cette réalité. La transparence y serait bien la nouvelle règle de notre Etat, les affaires du LuxLeaks et consorts contribuent à faire sens à une information objective sur une évolution qui s'impose à tous. La presse luxembourgeoise repose sur un équilibre qui trouve son origine dans une tradition politique équivalente à ses grands voisins. On pourrait conclure à une presse de droite, puis une de gauche, deux pendants d'une même corporation qui ne manquent jamais de s'intéresser à l'évolution du spectre politique.

 

 

On ne manquera pas de préciser la presse indépendante et bien sûr, celle économique ou d'affaires qui à elle seule, compulse assez bien toutes les réalités de notre pays, en général, elle s'intéresse à élever le débat pour s'éviter un positionnement partisan. Depuis toujours et comme lors des dernières élections, la presse luxembourgeois s'est attelée à nous détricoter toutes les grands dossiers du pays, chacun pourra comprendre l'importance d'une presse pro-active pour notre démocratie.

 

De l'affaire d'Etat du SREL (service de renseignement luxembourgeois), et autres perles locales, plus récemment celle du Luxleaks, j'en passe et des meilleurs, nos journalistes démontrent un travail d'enquête de grande qualité. De quoi peut-être nous rassurer sur l'avenir du pays, sans des journalistes engagés, nous n'aurions qu'une presse à l'eau tiède, c'est à dire en mode copier-coller des dépêches d'agences qui inondent les rédactions. L'avenir de la place financière tient bonne place dans cet exercice salutaire de l'information, le secteur qui génère une grande part de notre économie nationale est logiquement suivi de très près. On peut donc toujours pêcher dans notre presse nationale de précieuses et sérieuses informations sur la sphère financière et tout ce qui fait notre quotidien.

''Ici, ça balance pas mal! ''

Dans l'ensemble, les médias qui font recette dans nos banques, fonds, et autres Big four, pas moins institutions sont logiquement de nomenclature internationale. Le FT (Financial Times Europe, Us), Le WSJ (Wall Street Jornal), Les Echos, Fig Eco, Die Welt... Rapide tour de table dans le bureau d'un ami dirigeant qui tient siège au Kirchberg, cependant pointent fièrement des références locales du papier qui sont présents au digital, comme l'Agefi Luxembourg, Paperjam, De Land, Le Jeudi, Tageblatt, Le Wort, Le Quotidien, et bien sûr L'Essentiel et Luxprivat qui trônent davantage à côté sur un coin de table de la cafette collective. Pour ce qui est de L'Essentiel (Tamedia, groupe suisse), il est d'un modèle économique plutôt récent, le gratuit est distribué au tout venant dans les gares et permet aux frontaliers de faire le tour du monde en 80 signes, histoire de prendre la température dès le pied levé, il est présent à tous les étages.

Ce modèle existe en plusieurs déclinaison dans de nombreux pays, 20 Minutes en France, et plein de titres localisés... Luxprivat, souvent décrié comme le mauvais élève de la classe, fait force de poil à gratter, le magazine défend un positionnement qui fait appel à la recette éculée du journalisme d'investigation sans concession. « C'est le journal qui donne les informations croustillantes de ce que tout le monde aime à savoir sans jamais dire comment il le sait! » me précise mon ami important dirigeant de la place en me présentant le dernier opus. « ...ça tourne pas mal à la pause! » En fait, le pendant présumé trash de la presse Luxembourgeoise.

 

Tout y passe ou presque, de là conclure à un travail un brin trop racoleur, certains aiment à le penser. Ce magazine est aussi à l'origine d'enquêtes de fond, et souvent, ses grands concurrents n'hésitent pas à venir fouiner dans les nombreux articles qui font le baromètre de la réputation de nos personnalités ou institutions locales. « Ces vrais, alors qu'eux vont jusqu'à fouiller les poubelles! », me dit une secrétaire, l'air amusé par la détermination des limiers qui visiblement, ne sont pas du genre à renoncer.

Autant dire qu'il vaut mieux s'éviter un passage dans ''Luxprivat'', en général les effets sont lourds de conséquences. « Au milieu d'un flot d'informations sensationnelles, trônent souvent des enquêtes de fond, et contrairement à l'idée répandue, ce travail est plutôt sérieux pour en être bien calibré, mais il est vrai, très ciblé! » tempère mon ami dirigeant. « C'est la forme qui ne plaît pas toujours! A Londres ou Berlin, le format cartonne. Nous prenons ces informations au sérieux, le réseau local d'informateurs de ''Luxprivat'' semble assez bien étoffé, vous savez, comme à Londres ou Paris, à Luxembourg, ici ça balance pas mal! » (Rires) « Il est facile d'envoyer à un média local une enveloppe avec certains tuyaux, imaginez la suite... » (…) « Pour l'heure notre place financière semble relativement épargnée, mais si certains de ces acteurs sortent des bons rails, ils feront à coup sûr les bonnes feuilles de ''LuxPrivat!'' Ce fût déjà le cas... » insite l'ami. A bon entendeur... Ce dirigeant qui passe plus de temps dans le FT (Financial Times) reconnaît lire ''LuxPrivat'', un tabloïd bien local.

 

Comme quoi, notre pays dispose bien d'une presse plurielle. C'était la promesse de la coalition au pouvoir, ''Assurer aux médias les moyens utiles à l'expression de toutes les sensibilités.'', avec quand même un logique discernement me souffle une amie journaliste "Little place, n'est pas forcément little spirit!''...

Conseil de presse...

Le gouvernement assure vouloir garantir l'exercice de la pluralité des médias, à cette fin il dispose d'un Conseil de la presse, de l'audiovisuel et donc des lois organiques sur les concessions, comme avec RTL qui partage pour son entité locale le double statut de société privée et donc nationale par concession renouvelable (l'Etat étant actionnaire de RTL Group). RTL Group, premier groupe média en Europe est aussi exemplaire sur son format local, ''RTL Lu'' ou ''RTL Lëtzebuerg'', leader historique avec des journalistes d'investigations qui font les bonnes heures des rédactions TV radio et internet du pôle luxembourgeois, '' Celui qui est bien le premier site d'informations internet du pays pour en être le plus vu au Grand-Duché!'' De quoi plaire à nos amis d'IP, informations et publicité, la régie dynamique du groupe. RTL dispose d'un fond d'archives impressionnant et remisé pour grande par au CNA (Centre National de l'audiovisuel), à l'instar d'un Wort, ou Tageblatt, l'histoire de RTL est intimement liée à celle du Grand-Duché.

 

 

Le pays dispose bien de tous les ressorts utiles à une information plurielle, mais tous ne font pas la même lecture de cette réalité, à commencer sur l'organisme de régulation du secteur, le fameux Conseil de la presse « C'est une promesse en partie déjà avortée, le corporatisme y est fort, un certain pré-carré résiste à l'idée d'une démonstration plus évidente dans les faits. En effet, si dans son ensemble, la presse locale parvient à s'accorder sur les bonnes pratiques du secteur, pointent souvent des résistances. Le pays qui s'est développé avec la finance a vu apparaître des nouveaux médias, plus ciblés, ils font force à ce nouveau pluralisme en démonstration. Pour ce qui est des groupes traditionnels, le passage au numérique ou Digital pose la question des aides de l'Etat, c'est à ce niveau que ''l'arrosage'' commence à poser certaines inquiétudes.

 

 

Si un dirigeant de banque vous dit lire « Luxprivat », il ne connaît certainement pas la curée qui s'abat sur ce groupe de presse réputé border line, on aime ou pas, là n'est pas la juste question en démocratie. Tout journaliste professionnel qui enquête, se doit pouvoir disposer d'une carte de presse et si tel est effectivement le cas comme ici au Luxembourg, le droit de l'utiliser. Bien sûr avec le respect de la déontologie toute professionnelle. Si dans une corporation on commence à exclure un confrère, on donne un mauvais signal! C'est important, il faut un traitement équitable à toutes les expressions de la presse, et là, certains aiment à penser que le bas blesse encore dans certaines situations. Bien sûr, des cas très isolés au Luxembourg! » Mais alors que penser de la politique du gouvernement pour aider le secteur: « Certes, on aide les médias, mais il faut regarder le détail des attributions, là, un certain vertige peut gagner les plus téméraires, comprendre périphérie et modus operandi.

 

Par exemple pour les médias électroniques, on compartimente scrupuleusement entre anciens et nouveaux, c'est à dire ceux qui sont rattachés à des groupes de presse qui font l'histoire de notre pays et d'autres plus récents. Mais il ne faut pas s'y tromper, un jour, les nouveaux feront aussi partie de l'histoire du pays! Le déséquilibre y serait assez flagrant, la dématérialisation de la presse écrite qui se doit redéployée sur le net est coûteuse, inutile de préciser la situation financière de certains groupes historiques sans la manne de l'Etat, et dans certains cas précis de l'Eglise, ou intérêts économiques transversaux. Un jeune journaliste qui cherche un travail comme pour une rédaction d'un site de l'information financière et économique ou comme sur les nouvelles technologies, les fameuses NTIC deux secteurs en plein développement ici, peinera à disposer d'une reconnaissance pleine et entière de son professionnalisme.

Ce n'est pas tant ses qualités qui le pénaliseront, mais bien le manque d'opportunités au sens très économique. » (…) « Sur les aides du gouvernement au secteur, les choses avancent, on semble s'en préoccuper avec plus de célérité et donc réalisme. On peut toujours faire différemment, déontologie ne veut pas dire pilotage automatique, un gouvernement doit assurer, accompagner les synergies pour l'évolution et le pluralisme des médias présents au pays. Soyons rassurés, depuis l'arrivée du digital, le Conseil de la presse veille plutôt bien au grain! » instigue notre source qui ne comprend pas l'apparent manque d'équité de traitement dont certains médias pensent toujours faire l'objet. C'est un problème, il est vrai que constituer un pôle d'information comme dans le secteur financier, c'est une entreprise qui peut s'avérer bien compliquée.

 

On peut se consoler en s'intéressant à l'expérience de certains tenants du secteur qui visiblement, s'arment de patience. Pour ce qui est du Conseil de la presse, je pense néanmoins que des issues restent acquises pour ces journalistes en manque de logique reconnaissance, peut-être devraient-ils se rapprocher du Conseil de leur profession, afin de comprendre son fonctionnement ici au pays, obtenir des réponses utiles à leurs interrogations. La déontologie bien appliquée du journaliste luxembourgeois est conforme en tous points aux meilleurs standards internationaux. Loin de moi l'idée de conclure à un traitement différencié selon la nature du support ou média, même si je ne suis pas journaliste, ceux de notre pays me paraissent pas moins organisés, mes amis journalistes ne manquent jamais de monter au créneau.

 

D'ailleurs, on perçoit une solidarité plutôt encourageante pour les plus jeunes qui cherchent à percer. Le conseil de presse propose des formations pertinentes pour les y aider. Je m'intéresse davantage au modèle économique de leur secteur, la ventilation des aides de l'Etat, c'est à dire la démonstration par le gouvernement d'une répartition au plus juste des subventions, ou crédits d'impôt si existants. Le fameux nerf de la guerre. Chacun pourra comprendre que si notre gouvernement mise sur la transparence, il devra aussi contribuer au secteur de la presse, comme celui précis qui nous intéresse, l'information économique et financière.

Pluralité en démonstration...

Notre secteur doit pouvoir disposer de moyens suffisants pour faire sens à une pluralité en démonstration. Que soient remerciés les fidèles annonceurs qui partagent cet effort, pas moins contributeurs qui pour en être des professionnels de la finance, et donc ces nombreux journalistes qui font sens à cette pluralité avec professionnalisme! Je dois le dire ici, j'aime à penser que pour ce qui est du secteur de la finance, Luxembourg n'a rien a envié d'un Paris, Genève ou Francfort. Je ne doute pas que les journalistes de la presse locale et traditionnelle puissent abonder vers cette logique, la situation de l'emploi dans le secteur est assez contrainte, il serait regrettable de ne pas aider le développement du secteur de la presse. « Certains hauts responsables politiques assurent que dans l'ensemble, des efforts substantiels sont acquis à cette législature, d'ailleurs, même s'ils préfèrent voir le problème géré prioritairement par les professionnels comme avec le Conseil de la presse, ce qui est fort heureux, la sphère politique luxembourgeoise compte aussi certains anciens journalistes capables de défendre cette bonne logique. » me précise un ami proche du dossier.

 

Digital...

Comme dans le cas précis de la presse économique et financière, nos relations sont très bonnes avec les journalistes de la presse traditionnelle ou institutionnelle, nous partageons un destin commun que la place financière parvient à préserver. Ils sont souvent les relais des différents événements de notre place financière. Le secteur de l'information financière n'est pas sous représenté au Luxembourg, au contraire, le sursaut du digital permet des initiatives structurellement moins lourdes que le print, il assure du développement et donc de l'emploi: journalistes, intégrateurs, graphistes... On le voit, si certains s'inquiètent d'un statut du journaliste présumé à géométrie variable, les agents économiques du pays sont en accords pour lui trouver une issue par le haut. « C'est indispensable, notre pays mise beaucoup sur le virage que nous impose le changement de paradigme, il serait fort dommageable que la presse économique et financière soit le parent pauvre du secteur.

En assurant un cadre pluriel aux nouveaux métiers de la presse comme le digital dont la finance tient aussi bonne place, le gouvernement permet d'appuyer sa logique. Il faut donc une reconnaissance pleine et entière des journalistes du secteur en développement, ce qui passera inévitablement par la démonstration d'une politique plus équitable ou affirmée des aides de l'Etat. (...) Nous avons la chance de voir des initiatives très prometteuses dans ces secteurs, il faut que le gouvernement encourage leur développement. C'est une question d'intérêt national. » instigue notre source.

 

On le sait, Luxembourg va bientôt diriger la présidence de l'Union européenne, un plan média est logiquement dans les cartons du gouvernement. Sont annoncés près de 100 Millions d'Euros, bien sûr la sécurité tient bonne place dans l'enveloppe budgétaire de cet événement. Imaginer que les nouveaux médias et leurs journalistes obtiennent reconnaissance et encouragements n'est pas impossible, Luxembourg souhaitant aussi profiter de la présidence de l'Union pour communiquer sur la transparence, nouvelle marque de fabrique du pays.

 

Comme tous les acteurs de notre place financière aux dimensions internationales qui nous informent et contribuent à créer du lien, les journalistes sont aux avants-postes du changement de paradigme, si l’information reste au cœur de leur métier, l’avenir de leur entreprise et de leurs titres passe par une mutation de l’exploitation des contenus, souhaitons que le gouvernement puisse leur accorder si bon crédit! La presse mise à présent sur des diversifications plus larges passant aussi par de la gestion de base de données, les prévisions sont positives pour les recettes de diffusion digitale pour les éditeurs ayant déjà développé des sites et applis enrichies, pointe aussi le développement inévitable de produits hors médias, comme avec la création d’événements...

 

 

Didier Remer


Publié le 27 mars 2015