Dans beaucoup de pays européens, le nombre de transactions en cash avait déjà diminué. La crise de la Covid-19 ne fait que renforcer cette tendance, constate Schroders. Un changement évident se trouve dans la chute du besoin d'argent liquide, la grande majorité des transactions s'opérant de façon digitale, via une application ou par carte de débit ou de crédit. Il y a là de bonnes opportunités pour les investisseurs.

Avantages des cartes de paiement

Payer en espèces génère plus d'interactions entre les personnes, ce que les paiements par carte évitent. Avec la pandémie, les clients accordent la préférence aux cartes de paiement, mais les commerçants se montrent également plus enclins à accepter les paiements par carte. Leurs frais ont diminué.

Le confort du client constitue un moteur important du passage du cash vers le sans espèces. Celui-ci se voit renforcé par les progrès technologiques. Les cartes à puce dans les transports représentent un autre facteur qui a facilité l'acceptation des cartes de paiement. Et la pandémie a entraîné un relèvement des limites pour les paiements sans contact dans de nombreux pays, où elles ont parfois été doublées.

 

Habitudes de paiement différentes en Europe

Dans certains pays d'Europe, notamment en Scandinavie, on recourt déjà plus ou moins au paiement électronique. Les chiffres de la BCE montrent que le nombre de paiements sans espèces en Europe a augmenté de 7,9 % en 2018. Dans d'autres pays, comme l'Allemagne et l'Italie, le paiement en espèces est encore répandu. Ces derniers pays offrent donc un potentiel à l'industrie des paiements. 

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  Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?

Les États-Unis représentent l'exemple du développement que l'industrie des paiements va connaître en Europe. Les sociétés de paiement y ont été développées en grande partie au sein des banques, avant de voler de leurs propres ailes, puis de voir émerger des sociétés de paiement indépendantes qui ont ensuite été consolidées. 

Le secteur a suivi la même évolution en Europe. Ces dernières années ont vu émerger des entités indépendantes dont certaines sont maintenant cotées en Bourse. Les premières fusions et acquisitions (M&A) entre ces entités sont visibles et, selon les prévisions, cela devrait perdurer.

On assistera probablement à davantage de fusions et acquisitions puisque les entreprises y trouvent leur compte. Les sociétés qui proposent des paiements aident les commerçants à accepter les paiements en magasin ou en ligne et les pilotent dans le réseau des cartes. Il est donc crucial, et précieux, qu’elles disposent de la bonne technologie, alors que le traitement des paiements additionnels n’entraîne que des coûts supplémentaires négligeables. La consolidation des entreprises et l'investissement dans l'amélioration de la technologie sont donc censés.

Le degré d'harmonisation possible des services de paiement dans toute l'Union européenne constitue un aspect important pour l'Europe. La Commission européenne travaille à la mise en place d'une zone de paiement unique, afin que chaque pays adopte les mêmes règles, avec la même protection des consommateurs et une offre étendue de possibilités de paiement. Il s'agit d'un facteur important pour faciliter les fusions et acquisitions dans la mesure où il permet la capacité d’évolution de la technologie dans les différents pays.

Entretemps, l'Europe a lancé l'Initiative européenne de paiements dont l'objectif est de remplacer les systèmes de cartes nationaux par une carte européenne commune. Si elle en est encore à un stade très précoce, elle pourrait favoriser le développement du secteur européen de paiement par carte.  

Même s'il ne constitue pas une mesure exacte de l'acceptation des paiements par carte, le graphique ci-après montre le rapport entre les espèces en circulation et le PIB des différentes économies. La zone euro accuse un retard sur les pays scandinaves et le Royaume-Uni et sur d'autres grandes économies, comme les États-Unis. Encore une fois, cela indique que la zone euro peut combler son retard dans le domaine des paiements par carte.

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Pour Schroders, le potentiel d'une période prolongée de plus forte croissance fait des fournisseurs de systèmes de paiement une intéressante opportunité d'investissement. Une part importante du reste du secteur financier, à savoir les banques, est aux prises avec les conséquences négatives de la période prolongée de taux faibles et de la crise de la Covid-19. Au contraire, le trafic de paiements par carte et de paiements électroniques a augmenté et la pandémie lui a apporté un nouveau coup de pouce. Le facteur de facilité pour le client a été multiplié et les circonstances ont forcé les entreprises qui, précédemment, n'acceptaient pas les paiements par carte, à le faire.

Même si le secteur semble attractif en général, chaque action doit, bien entendu, être jugée sur ses propres mérites.

 

Quel est l'impact social des paiements sans espèces ?

La société a tout à gagner avec les paiements sans espèces, parce qu'ils sont plus faciles à suivre et qu'il est donc plus aisé de les imposer comme il convient. Dans le cadre de la pandémie que nous connaissons, qui met les caisses de l'État sous pression, il s'agit d'une considération importante.

La facilité pour le consommateur des paiements par carte ou d'autres méthodes de paiement sans espèces plutôt que d'emporter un porte-monnaie plein de mitraille joue un rôle important. C'est aussi plus simple pour de nombreuses entreprises qui ne veulent pas s'occuper des aspects sécuritaires de conserver chez eux d'importantes sommes d'argent ou d'en assurer le transport.

Mais le recul de l'utilisation des espèces pose malgré tout la question de l'inclusion financière. Les personnes qui n'ont pas accès aux comptes bancaires pourraient se voir exclure. Selon la BCE (2017) 3,6 % des Européens ne recourent pas au système bancaire. Il s'agit souvent de personnes qui reçoivent leur salaire de la main à la main.

Et de nombreuses personnes qui préfèrent retirer de l'argent liquide éprouvent de plus en plus de difficultés à le faire. Les banques rechignent à entretenir de coûteux réseaux d'ATM et la demande d'argent liquide diminue. Les données de la BCE montrent que le nombre total d'automates bancaires de la zone euro a diminué de 0,3 % en 2018, alors que le nombre de terminaux point de vente augmentait de 11,2 %. Le souci est que ce développement pourrait surtout toucher les personnes plus âgées, moins enclines à exécuter des paiements par carte.

Il semble toutefois peu probable que l'argent liquide disparaisse complètement. Une part importante de l'argent liquide de la zone euro ne circule pas quotidiennement mais est utilisé comme réserve de valeur. Selon une enquête de la BCE (2016) 12 % des gens détenaient plus de 1,000 euros d'argent liquide chez eux. Les billets en euros peuvent être obtenus en coupures jusqu'à 500 euros (retirées de la circulation mais encore valables comme moyen de paiement) et il est donc relativement facile de conserver des sommes importantes chez soi.

Mais la pandémie a stimulé l'utilisation des paiements sans espèces dans les transactions de la vie courante et, selon Schroders, c'est une tendance qui ne peut que s'accélérer étant donné que les avantages pour la société ont plus de poids que des défis temporaires.

 

Communiqué par Schroders


Publié le 12 août 2020