Nombreux sont ceux à partager la conviction que la dette des marchés émergents (DME) est une catégorie obscure et risquée de placements à revenu fixe, mais ils se trompent. À cause de cette idée reçue, la DME est sous-représentée dans un grand nombre de portefeuilles. Les investisseurs passent ainsi à côté d’un rendement attractif ajusté au risque, explique Duncan Lamont, Head of Research and Analytics, et Peter Ozelius, Assistant Portfolio Manager EM chez Schroders. Ils prônent une exposition stratégique à la DME et cette dernière fait partie intégrante du portefeuille d’investissement. 

Qu’il s’agisse d’une DME en devise forte (dollar américain) ou en devise locale, les obligations  des marchés émergents présentent des caractéristiques leur permettant de rivaliser avec les autres valeurs à revenu fixe, voire de les surclasser. L’analyse de Schroders montre qu’une exposition stratégique à la DME peut améliorer le potentiel de rendement ajusté au risque des portefeuilles.

  La montée de la DME

Les marchés émergents représentent aujourd’hui environ 40 % du PIB mondial, soit le double de leur niveau au tournant du millénaire. Quant à la dette souveraine des marchés émergents, elle représente actuellement 18 % du marché obligataire mondial. Pourtant, la plupart des investisseurs ne détiennent que très peu de DME et beaucoup de portefeuilles n’ont même carrément aucune exposition à la DME.

Une des raisons expliquant cette désaffection est l’impression générale que la DME est composée de risques de crédit difficiles à analyser. Pourtant, une analyse réalisée par Duncan Lamont et Peter Ozelius jette un éclairage différent sur cette question. La DME se compose d’un mix d’obligations corrélées à différents risques macroéconomiques, à des facteurs de revenu fixe traditionnels et, de fait aussi, à des risques de crédit idiosyncrasiques de diverses natures. Ces éléments clés au sein d’un portefeuille large et diversifié de titres des marchés émergents ont les mêmes caractéristiques – sans augmenter le risque – que le reste d’un portefeuille classique de titres à revenu fixe d’un investisseur : un mix de risque de taux d’intérêt, de risque de crédit et de risque de change, certaines parties du portefeuille ne réagissant pas de la même manière à certains facteurs que d’autres parties.

  Rien de moins et très liquide

La DME couvre un large éventail de pays et de secteurs, avec des ressorts fondamentaux très différents. Les marchés se développent rapidement. Si la DME affichait un retard de liquidité dans les années 1990, il s’agit aujourd’hui d’un des marchés les plus liquides. Les obligations souveraines et les obligations de sociétés DME libellées en dollars sont largement réparties entre les pays et les régions. Beaucoup d’investisseurs pensent que les obligations des entreprises sont plus risquées que la dette souveraine. Mais rien n’est moins vrai, car leur composition varie d’un pays à l’autre. 

  Perspectives attrayantes

Les perspectives pour tous les secteurs de la DME sont prometteuses, Duncan Lamont et Peter Ozelius estimant même que cette classe d’actifs offre des rendements élevés ajustés au risque. Ils prédisent que la DME locale atteindra un rendement annuel de 6,5 %, soit mieux que les 5,1 % des obligations souveraines libellées en dollars américains et que les 4,6 % des obligations de sociétés libellées en dollars américains. Cette dette offre donc un meilleur rendement que les autres catégories de titres à revenu fixe, avec de surcroît un risque limité de défaut de paiement. La DME présente en outre une série d’avantages attrayants en matière de répartition. La DME locale a une corrélation limitée avec les bons du Trésor américain et une corrélation relativement faible avec les obligations de sociétés ou les obligations à haut rendement.

  L’exposition stratégique à la DME améliore le potentiel de rendement ajusté au risque

Beaucoup de portefeuilles tirent avantage d’une exposition stratégique à la DME lorsque la DME fait partie intégrante du portefeuille. La DME peut ajouter de la valeur aux portefeuilles de tous les niveaux, du plus simple au plus diversifié. Selon Duncan Lamont et Peter Ozelius, les investisseurs qui n’incluent pas la DME dans leur portefeuille passent à côté d’une occasion d’améliorer leur rendement tant absolu qu’ajusté au risque. Les analystes pensent que les investisseurs seront confrontés, dans les décennies à venir, à des prévisions de rendement plus faibles. Voilà donc aussi en partie pourquoi les investisseurs devraient saisir les opportunités que la DME leur offre. Duncan Lamont et Peter Ozelius soulignent toutefois que cette catégorie se prête moins à une approche passive.


Publié le 03 juillet 2019