Le contexte de marché est assez difficile pour les investisseurs obligataires, avec un risque de correction à horizon rapproché, selon Volker Schmidt, Senior Portfolio Manager chez Ethenea. Néanmoins, les deux principales banques centrales adoptent des approches différentes pour y faire face.

L’actualité du mois de mars a été dictée dans une large mesure par les interventions des banques centrales. Début mars, la BCE a annoncé une accélération de ses achats d’obligations afin de mieux pouvoir répondre au durcissement des conditions de financement (hausse des rendements). La semaine suivante, la Fed américaine a explicitement déclaré qu’elle garderait sa politique monétaire accommodante malgré la nette révision à la hausse de ses perspectives de croissance et ses prévisions d’inflation plus élevée. Son taux directeur a donc été maintenu dans la fourchette actuelle de 0 %-0,25 % et ce probablement jusqu’à 2023. Le programme d'achats d’obligations de la Fed demeure également inchangé, à 80 milliards de dollars de bons du Trésor et 40 milliards de dollars de titres adossés à des créances hypothécaires.

« Ce faisant, les deux principales banques centrales adoptent des trajectoires distinctes » d’après Volker Schmidt, Senior Portfolio Manager chez Ethenea. « Alors que la BCE a annoncé une forte augmentation de ses achats d’obligations dans le cadre du programme d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP), se montant actuellement à près de 20 milliards d’euros par semaine, afin de contrer une remontée des rendements obligataires, la Fed, de son côté, considère qu'il n’y a pas lieu d'intervenir. En fin de compte, un léger accroissement des rendements est un signal positif ou plutôt une conséquence d’une reprise économique. »

 

La courbe des taux américaine s’est nettement pentifiée

Par conséquent, la courbe des taux américaine s’est nettement pentifiée (l'écart entre les rendements à 2 ans et 10 ans s’est accru de 30 pb à 160 pb) pour s'établir à un niveau qui n’avait plus été observé depuis fin 2015. De même, l'écart de rendement entre les bons du Trésor américain et les Bunds allemands s’est à nouveau creusé. Tandis que le rendement des bons du Trésor s’élève actuellement à près de 1,75 % (contre environ 1,0 % en janvier), celui des obligations souveraines allemandes reste inférieur à zéro, à -0,25 % (-0,55 % en janvier).

 

Hausse du dollar

Le dollar américain s’est apprécié de presque 3 % et gagne environ 4 % contre l’euro depuis le début de l’année. La hausse des rendements augmente de plus en plus l’attrait des bons du Trésor américain aux yeux des investisseurs étrangers, tandis qu’en parallèle, la progression des campagnes de vaccination devrait favoriser un redémarrage plus rapide de l’économie américaine. Ces deux facteurs offrent un élan à court terme au taux de change du billet vert. En revanche, à plus long terme, le creusement de la dette publique et le déficit de la balance courante devraient exercer de nouvelles pressions sur le dollar.

 

Obligations d’entreprises IG américaines sous pression

Toujours sous pression, les obligations d’entreprises Investment Grade américaines ont abandonné 2 % sur le mois et ont fléchi de -5 % cette année. Contrairement au début de la pandémie, la Fed ne semble pas disposée pour l’instant à prendre des mesures pour venir en aide aux investisseurs en effectuant de nouveaux achats de titres. Volker Schmidt : « En principe, une hausse des rendements souverains américains s’accompagne d’un resserrement des spreads de crédit (prime de rendement des obligations d’entreprises par rapport aux bons du Trésor), en signe d’un regain de confiance envers l'économie et la solvabilité des émetteurs privés. Mais cette fois, les spreads étaient déjà très faibles grâce à l’intervention rapide et résolue de la Fed au début de la crise, laissant peu de possibilités de contraction supplémentaire au mois de mars. La marge de manœuvre était donc réduite pour amortir la hausse des taux liée au rebond de l’économie. Parallèlement, la situation a bénéficié aux obligations à haut rendement américaines, dont les spreads se sont resserrés de près de 5 pb à 3,2 % pour les titres notés entre BB- et CCC. Le marché des obligations européennes a évolué différemment : porté par le soutien de la BCE, sa performance a même atteint 0,2 % en moyenne. »

Le contexte de marché est donc très difficile pour les investisseurs obligataires, avec un risque de correction à horizon rapproché. Volker Schmidt de conclure : « Une gestion active offre cependant des opportunités pour capter des mouvements favorables à court terme sur le marché obligataire, par exemple à l’aide d’un overlay de duration actif et d'une sélection des titres basée sur les fondamentaux. »

 

Communiqué par ETHENEA


Publié le 21 avril 2021