Rencontre avec Laurent Feiner, le CEO de Decavi depuis sa création en 1991, pour évoquer l'assurance-vie européenne mais également de révolution digitale et des innovations des InsurTechs.

2017 sera-t-elle une année charnière pour l’assurance-vie européenne ?

Selon une étude Swiss Re, le volume de primes devrait continuer d'augmenter ces deux prochaines années en assurance-vie comme en assurance non vie, aussi bien dans les pays développés que dans les marchés émergents. Cette évolution va de pair avec l'activité économique et une hausse du taux de pénétration de l'assurance, tout particulièrement dans les pays émergents. 

Mais les perspectives s'annoncent - sans surprise - meilleures pour les marchés émergents. En assurance non vie, la croissance des primes brutes émises devrait y atteindre en moyenne 5,3 % en termes réels en 2016 (contre + 5,7 % en 2017 et + 6,7 % en 2018), tout en restant sous la moyenne de 2010-2014 (8 %). C'est en Asie qu'elle sera la plus forte. En assurance non vie, le rythme est encore plus soutenu, avec des prévisions de croissance de 14,9 % pour 2017 et 10,9 % pour 2018 dans les pays émergents (en deçà des 20,1 % de cette année).

Les marchés dits développés devraient, eux, rester très loin de ces niveaux. En assurance non vie, la progression des primes y a été plus faible cette année (+ 1,7 %) qu'en 2015 (+ 2,5 %). Elle est attendue à 1,3 % en 2017 et à 1,9 % en 2018 dans un environnement de marché difficile. En vie, elle devrait tourner autour de 2 % en 2016, en 2017 et en 2018.

 

Du côté belge, si 2016 a été qualifiée d’année difficile, d’autres ruptures (run off, layouts, M&A, etc) sont-elles envisagées d’après vous ?

D’un point de vue général, l’année 2016 a vu les mauvaises nouvelles s’amoncellent dans le secteur financier avec des répercussions négatives en termes d’image de marque et sur l’emploi (Deutsche Bank, ING, Axa, ERGO, etc…). Pour des raisons qui leur sont propres, ces institutions - bancaire ou d’assurance - ont fait "la une" des journaux et pas de manière positive.

Ceci étant dit lorsqu’un grand assureur belge annonce récemment lors d’un conseil d’entreprise extraordinaire son intention de supprimer 650 emplois d’ici à 2018 dans le cadre d’un nouveau plan stratégique visant à "recentrer ses activités" et à "accélérer sa transformation digitale" à l’horizon 2020, on comprend d’autant mieux l’enjeu gigantesque posé par la transformation digitale au sein de notre secteur.

Dans le contexte actuel de taux bas, on peut réellement s’interroger sur l’avenir de la commercialisation des produits d’assurances-vie. En Belgique, Axa a décidé de se recentrer sur le marché des indépendants et a arrêté la commercialisation de toute une série de produits vie. Récemment, le groupe ERGO a annoncé vouloir stopper toute nouvelle production.

Ce sont là des signaux fort inquiétants pour le particulier désireux de souscrire une assurance-vie en vue de sa pension.

 

Vous êtes aussi expert du marché luxembourgeois, sur lequel vous intervenez souvent. Quels sont les acteurs les plus innovants aujourd’hui ? 

On remarque notamment que les « gros assureurs prennent de plus en plus le phénomène du digital en compte et ses conséquences sur le service presté aux assurés.  En Belgique, l’initiative a démarré avec des acteurs de taille plus modeste. Le marché étant fort regroupé à Luxembourg, une telle initiative devrait venir des plus grands acteurs. A voir…

 

On parle beaucoup d’Insurtech en ce moment, l’assurance au sens large est-elle préparée à cette vague d’innovation ?

La révolution digitale va devoir déboucher sur un changement de culture généralisé au sein de notre secteur. Avec tout bénéfice pour les assurés (qui auront ainsi la possibilité de souscrire un contrat ou de déclarer un sinistre en ligne, etc.). Mais entre-temps, cela fera des dégâts au niveau de l’emploi car les assureurs travaillent avec des processus obsolètes qui ne sont plus adaptés à la révolution digitale qui s’annonce.

Les compagnies d’assurances accélèrent leur virage digital grâce à l’adoption croissante de technologies permettant d’exploiter l’Internet des Objets (Internet of Things), d’outils de gestion et d’analyse de données, ainsi que de modèles de distribution axés sur le digital.

Suite à une enquête mondiale, près de la moitié des assureurs (45 %) estiment que l’assurance connectée permettra de générer de nouveaux revenus au cours des trois prochaines années. Alors que ses offres étaient jusqu’à présent majoritairement axées sur la télématique automobile, on a assisté l’année passée à une forte accélération du développement de nouveaux produits d’assurance liés aux objets connectés.  D'ici à 2020, l’assurance automobile connectée en Europe dépassera les 15 milliards d’euros, soit 17 % du marché européen de l’assurance automobile.

Aujourd’hui, lancer des produits ou des services fondés sur les technologies de l’internet of things fait partie des priorités d’investissements pour les assureurs. Ils ont également à cœur d’améliorer leurs capacités d’analyse des données. Près de la moitié des assureurs ont déjà lancé des pilotes ou des projets Analytics, Big Data ou capitalisant sur les Open Data, et 58 % d’entre eux déclarent que à la capacité à exploiter le potentiel de l’Analytics dans les points de vente est capital.

Mais quand on voit aussi au Japon que Fukoku Mutual Life Insurance remplace 30 postes par de l’intelligence artificielle avec un impact imminent sur les fonctions dites "opérationnelles", cela fait frémir… en termes d’emplois.

 

Un mot sur l’agenda Decavi 2017

Devenue un acteur incontournable dans le secteur de l’assurance, DECAVI propose des services axés sur le secteur des assurances. Ces instruments sont indispensables pour les professionnels du secteur ou tout décideur d’entreprise désireux de résoudre ses problèmes d’assurance ou avoir des informations sur le marché de l’assurance. 

Outre l’organisation d’événements dans le secteur et la publication d’études de marché en assurance-vie et dommage, DECAVI octroie également, depuis 2000, les Trophées de l’Assurance. Au sein de cette structure, les services proposés matérialisent une volonté de former et d’informer dans une matière particulièrement complexe : l’assurance. - Vecteur principal d’information, La Lettre DECAVI de l’Assurance propose une analyse de fond des produits via ses études de marché (20 études de marché par an). - Les séminaires et Petits déjeuners DECAVI, organisés à Bruxelles et à Luxembourg, offrent une information  interactive.  - Les Trophées DECAVI de l’Assurance  récompensent les meilleurs produits commercialisés en Belgique (2 éditions par an).

Pour plus de renseignements : www.decavi.be  


Publié le 30 janvier 2017