Selon l’édition 2019 de l’étude mondiale d’EY consacrée aux fonds alternatifs et intitulée When focusing on the future, where do you look?, tous les gestionnaires de fonds alternatifs réexaminent leurs priorités stratégiques et se concentrent désormais sur le développement de produits et l’adaptation de leur activité à un futur en rapide évolution. En effet, de plus en plus d’investisseurs répartissent toujours plus d’actifs dans les classes d’actifs de type private equity et d’autres classes d’actifs alternatifs, aux dépens des offres traditionnelles des hedge funds.

Il ressort de cette treizième étude annuelle (connue auparavant sous le nom d’EY Global Hedge Fund Survey) que la répartition totale en investissements alternatifs demeure inchangée, la concurrence s’intensifiant néanmoins entre les classes d’actifs. En droite ligne avec la tendance déjà constatée lors des années précédentes, les actifs sous gestion répartis en hedge funds ont baissé de 7% alors que ceux en répartis en private equity ont augmenté au même rythme. L’étude a également mis en évidence un intérêt plus marqué pour les offres immobilières et de crédit privé. Ce changement de répartition a eu des répercussions sur les priorités stratégiques des gestionnaires de fonds alternatifs. Les gestionnaires de private equity ont donc tout à fait raison d’adopter des stratégies ambitieuses de levées de capitaux et de continuer à placer la croissance comme une priorité essentielle. Les hedge funds se montrent plus discrets au sujet de leurs perspectives de croissance, mais se concentrent toujours davantage sur la gestion des coûts et des talents.

 

Les potentiels de croissance pour les gestionnaires de hedge funds et de private equity divergent

A l’heure où la répartition des actifs des portefeuilles de placement alternatifs s’effectue principalement en hedge funds et en private equity (pour respectivement 33% et 25%), les investisseurs révèlent la répartition de leurs actifs comme suit : 23% au secteur immobilier et 19% en crédits privés, infrastructures et autres classes d’actifs alternatifs.

Au regard de la concurrence, 69% des gestionnaires de hedge funds et 71% des gestionnaires de private equity considèrent la croissance des actifs comme essentielle. Reconnaissant avoir besoin de ressources qualifiées pour atteindre cet objectif, la gestion des talents occupe donc la deuxième place du top 3 des priorités pour respectivement 62% des gestionnaires de hedge funds et 56% des gestionnaires de private equity. Ce classement de priorités diverge ensuite.

Les hedge funds se concentrent davantage sur le contrôle des coûts en comparaison de leurs pairs actifs dans le secteur du private equity. En effet, la moitié des gestionnaires de hedge funds ont classé la gestion des coûts et la rationalisation en tête de leurs priorités, alors qu’ils ne sont que 29% parmi les gestionnaires de private equity. Alors que l’intérêt pour le private equity n’est pas à remettre en question, 43% des gestionnaires indiquent comme priorité l’amélioration des processus de middle et de back office et ceux liés à la technologie pour soutenir la croissance exponentielle des actifs qui leurs sont confiés, alors que 24% d’entre eux placent le reporting à destination des investisseurs en tête des priorités pour répondre aux besoins des nouveaux clients, soit quatre fois plus que ne le font les gestionnaires de hedge funds (6%).

 

Crédits hybrides et produits ESG parmi les dernières tendances

Les sociétés de private equity et de hedge funds continuent à diversifier leurs offres de produits en dépit des défis opérationnels, technologiques, de recrutement et d’adoption par les investisseurs. L’offre actuelle en hedge funds ou l’offre anticipée en matière de véhicules de co-investissement a plus que doublé, passant de 21% à 58% au cours de la dernière année. En revanche 37% de gestionnaires de hedge funds proposent actuellement (ou ont l’intention de lancer) des crédits illiquides, des crédits privés, des CLOs et des dettes exigibles par structures de fonds, 17% suggérant actuellement (ou ont l’intention de le faire) des actifs réels ou en infrastructure et 16% des produits immobiliers. Les gestionnaires de private equity ont le même appétit pour ces produits, 41% offrant des véhicules de private equity, 23% des produits de type real estate et 22% permettant une exposition au secteur immobilier.

Les gestionnaires continuent également de se concentrer sur la poursuite de la croissance via leurs stratégies existantes, et ce en dépit des questions de structuration et d’adaptation qui s’ont appelées à être remises en question par les investisseurs. La majorité (79%) des gestionnaires de hedge funds ont rencontré plus de succès en augmentant leurs actifs sous gestion dans leurs offres existantes plutôt que dans leurs nouveaux produits. Néanmoins, plus de la moitié des gestionnaires (60%) connaissent un certain succès dans le lancement de nouveaux produits, notamment les comptes en gestion distincte (« separately managed accounts » (SMAs), pour les clients existants et les nouveaux clients. La demande des investisseurs pour ces SMAs continue à croître pour plusieurs raisons. Les gestionnaires ont d’ailleurs enregistré une augmentation des actifs de leurs entreprises détenus par les SMAs, demande qui est passée de 25% en 2018 à 32% en 2019. En outre, 39% des gestionnaires de hedge funds anticipent une croissance de la part des actifs de leurs entreprises dans les SMAs au cours des deux prochaines années, en comparaison de leurs attentes pour leurs offres combinées, pour lesquelles 24% des gestionnaires tablent sur une croissance future des actifs, et ce même si 20% s’attendent à une baisse des actifs.

La décennie qui se profile à l’horizon révèle une nouvelle diversification dans des produits environnementalement et socialement responsables. 29% des investisseurs investissent déjà dans des fonds socialement responsables et presque deux tiers de ces investisseurs (63%) indiquent que les politiques ESG menées par les gestionnaires exercent une influence significative sur leurs décisions d’investissement.

Les gestionnaires sont sensibles à cet appel. Au sein des hedge fund, la part actuellement des produits ESG actuellement proposés s’élève à 19% mais ce nombre est attendu augmenter de l’ordre de 50% au cours des deux prochaines années. Non seulement les gestionnaires d’actifs alternatifs lanceront de nouvelles gammes de produits au cours des deux prochaines années, mais ils pourront ainsi incarner également l’image de « bonne entreprise citoyenne ». La majorité des sociétés de private equity ont adopté des politiques de responsabilité environnementales et sociétales (66% et respectivement 8% ont l’intention de l’adopter). Certes en-deçà de ces pourcentages, la moitié des hedge funds ont déjà adopté ces politiques ou en ont l’intention.

Michael Ferguson, Wealth and Asset Management Leader chez EY Luxembourg, commente : « les investisseurs de la prochaine décennie auront davantage conscience de leur responsabilité sociétale et environnementale qu’ils ne l’avaient au cours de la décennie précédente. Cela passe par l’adaptation, la transparence et la capacité à prendre leurs responsabilités. Ils sont également plus à l’aise avec une gamme de produits plus étoffée que précédemment, ce qui aurait été perçu comme une attitude sortant de l’ordinaire, mais qui devient néanmoins plus répandue dans le cadre de l’arsenal des produits des gestionnaires alternatifs. Les gestionnaires capables de prendre ces demandes en compte et de diversifier leurs offres sont les mieux armés pour réussir ».

 

Objectifs de diversité au sein du front office

L’apport de ressources dûment qualifiées étant essentiel pour arriver à des retours positifs sur investissements, presque tous les investisseurs (86%) reconnaissent le rôle incontestable de la gestion des talents sur leurs décisions d’investissement. Au cours de l’année écoulée, les investisseurs se concentrant sur la planification des ressources a presque doublé, passant de 23% à 40%. Les hedge funds se montrent les plus sensibles aux problématiques de rétention, 43% des gestionnaires de hedge funds la plaçant en tête de leurs priorités en comparaison de 29% des gestionnaires de private equity. La croissance et la performance des hedge funds est globalement atone en comparaison de celle du private equity, plus à même de retenir et de rémunérer des bons éléments, constituant un enjeu commercial essentiel pour les hedge funds.

Même si les sociétés de private equity devancent celles de hedge funds en matière de diversité des genres, des progrès restent à accomplir. Seulement 30% des sociétés du secteur alternatifs ont fixé des objectifs de diversité et 2% seulement de tous les gestionnaires de fonds alternatifs indiquent compter plus de 50% d’employées au sein de leur front office. Pour 88% des fonds de hedge funds et de private equity, le taux de femmes occupant des postes de direction descend à 30% ou moins. Des progrès ont été réalisés dans d’autres départements, en back office notamment où 30% des fonctions au moins sont assurés par des femmes chez 78% des gestionnaires de private equity, alors que la moitié des hedge funds affichent un taux de diversification en matière de genre de 30% ou plus.

Si les gestionnaires d’actifs alternatifs n’éprouvent pas de difficultés particulières à engager de jeunes talents, la rétention s’avère être un défi plus conséquent à relever. La plupart des gestionnaires ont mis en place un certain nombre d’initiatives pour retenir ces jeunes talents, telles que l’amélioration du cadre de travail (64% des gestionnaires), l’autorisation d’un dress code plus flexible (61%) et la possibilité de travailler à partir de la maison (52%).

Laurent Capolaghi, Partner, Private Equity chez EY Luxembourg, commente : « L’amélioration de la diversité ne constitue pas seulement une bonne action, elle revêt aussi un caractère stratégique. En effet, la diversité des ressources est une base permettant de meilleures décisions d’investissement et une efficacité accrue des activités commerciales. Il reste encore du chemin à parcourir pour l’industrie des fonds alternatifs dans son ensemble pour parvenir à une main d’œuvre équilibrée. Les gestionnaires accélérant ces progrès ne sont pas uniquement des modèles pour l’industrie, ils en dégagent également un avantage concurrentiel.

 

Mettre à profit les données pour en tirer un avantage concurrentiel, mais pas seulement...

La capacité à mieux utiliser les données créées en interne est indispensable, à l’heure où les gestionnaires doivent porter plus d’attention aux économies en matière de coûts et aux gains d’efficacité. Pour ceux qui n’y parviennent pas se présente un désavantage concurrentiel certain. Malgré la quantité de données qu’ils produisent, à peine plus de la moitié (57%) des plus grands acteurs en matière de gestion des hedge funds (au-dessus de USD 10 milliard) ont mis en place une stratégie dédiée, et moins de la moitié des sociétés de moindre envergure (44%) indiquent disposer d’une telle stratégie. Leurs pairs du secteur du private equity accusent un retard plus net. En effet, plus de la moitié (56%) des plus importantes sociétés de private equity n’ont pas de stratégie bien établie en la matière, pourcentage qui bondit même à 86% pour les plus petites sociétés.

Les gestionnaires manquent non seulement de stratégies mais aussi de ressources dédiées. Dans les grandes organisations, la gestion des données est considérée comme un emploi à temps plein, alors que 21% des plus petites entreprises ont un CIO/CTO en poste.

Historiquement, les gestionnaires de hedge funds ont toujours distancé leurs pairs du private equity en incorporant l’utilisation de données de pointe et en utilisant l’intelligence artificielle (IA) dans leurs processus d’investissement. Cependant à l’heure où les gestionnaires cherchent toujours plus de sources de données dans le cadre de leurs processus d’investissement, le fossé se comble. Désormais, 35% des gestionnaires de private equity utilisent des données non traditionnelles et arrivent donc progressivement au niveau des gestionnaires de hedge funds qui utilisent ce type de données. En grand progrès, les sociétés de private equity ayant recours à l’IA pour leurs processus d’investissement à triplé entre 2018 et 2019, passant de 5% à 15%.

La prolifération des données s’accompagne d’inquiétudes liées au maintien de la sécurité des informations. 39% seulement des investisseurs ont confiance en la mise en place de protocoles de cybersécurité par les gestionnaires de fonds alternatifs, alors que la majorité (82%) des gestionnaires se sentent extrêmement bien préparés. Leur confiance tient aux investissements qu’ils ont consenti pour augmenter leurs budgets en matière de cybersécurité au cours des deux dernières années, parfois de l’ordre de 50%. Au regard de la diversité des infractions en matière de cybersécurité, un petit nombre d’investisseurs réclament vouloir se faire rembourser de leurs investissements en cas d’infraction, leur décision étant néanmoins basée sur le type d’information compromise, la manière dont le problème a été traité par le gestionnaire et les actions que ce dernier compte mettre en place pour y remédier.

Michael Ferguson ajoute : « Les données sont une épée à double tranchant. Nous assistons à la valorisation par les gestionnaires sophistiqués de la puissance des données pour l’amélioration des décisions d’investissement et une gestion d’entreprise plus efficace. L’évaluation et la protection des données demeurent malgré tout essentielles pour éviter aux gestionnaires tout risquer d’effondrement ».

 

La version complète de l’étude est disponible via le lien suivant :ey.com/AltsSurvey.

 

Communiqué par EY Luxembourg


Publié le 29 novembre 2019