La crise du coronavirus a fait chuter la valeur des obligations d’entreprises chinoises malgré les fondamentaux attractifs de l’économie et des entreprises. Roy Diao, Head of Asian Fixed Income chez Schroders, distingue des opportunités intéressantes sur les marchés obligataires chinois à condition de se montrer sélectif.

Le marché obligataire chinois est en bonne voie de devenir un des plus grands marchés obligataires du monde. Ces derniers mois, la Chine a été l’épicentre de la crise de la Covid-19. Il en a résulté des tensions accrues avec les États-Unis. Il en a aussi résulté une volatilité accrue du marché en raison de l’incertitude entourant l’accord commercial et les négociations en cours. De plus, la pandémie a provoqué un ralentissement de la croissance économique en Chine. Cette croissance va retomber à 2 % cette année pour ensuite rebondir à 8,6 % en 2021 d’après les prévisions.

 

Soutien macroéconomique aux obligations

Les programmes de soutien de la Chine sont moins généreux que ceux d’autres pays. Les décideurs politiques chinois ne veulent pas réduire à néant les efforts de désendettement des dernières années. Depuis quelques années, les autorités sont très soucieuses de limiter le niveau d’endettement. La crise du coronavirus entraînera pourtant une augmentation des niveaux d’endettement à moyen terme, même si Roy Diao pense que cette augmentation sera limitée en Chine en raison de l’accent qui est mis sur la stabilité financière. L’économie chinoise est plus robuste et plus résiliente que jamais. Ces fondamentaux macroéconomiques soutiennent les marchés obligataires chinois, tandis que les valorisations sont devenues plus attractives.

 

La courte maturité des obligations rend la dette chinoise attractive

La Covid-19 a eu un impact énorme sur les obligations investment grade et les obligations à haut rendement. Une grande partie de ce marché se compose d’entreprises publiques et de banques bénéficiant d’un soutien implicite de l’État. Cela a aidé ces marchés à traverser la crise. Une caractéristique importante des marchés obligataires chinois est que les obligations ont une maturité moyenne plus courte. Les obligations d’entreprises chinoises de type investment grade ont une maturité moyenne légèrement inférieure à 6 ans pour un rendement de 2,6 %. Contre 8 ans et demi pour les obligations des marchés émergents et 11 ans pour les obligations américaines. Les obligations chinoises sont de ce fait moins sensibles au risque de taux d’intérêt.

 

Les rétrogradations obligent à se montrer sélectif

Les agences de notation de crédit ont réagi à la crise du coronavirus de manière plus proactive que par le passé. Même si elles se basent sur des scénarios pessimistes. Le risque de rétrogradation persiste parce que la pandémie est loin d’être terminée et que les profits des entreprises restent sous pression. Compte tenu des mesures de relance budgétaire et monétaire sans précédent et de l’assouplissement du confinement, Schroders s’attend cependant à ce que les rétrogradations n’atteignent pas le même niveau qu’en avril et en mai. Une deuxième vague, conjuguée à un nouveau confinement dans les villes et/ou à une chute des prix du pétrole, pourrait infirmer cette prévision.

 

La Covid-19 nettoie le marché

L’année 2016 a marqué la fin du boom du crédit en Chine. Depuis lors, la politique est davantage axée sur la limitation de l’endettement. Bien que le coronavirus entraîne une augmentation de la dette, les décideurs politiques restent braqués sur un « nettoyage du crédit ». Sans doute autoriseront-ils de manière contrôlée un plus grand nombre de défauts de paiement en cas d’apparition de crédits problématiques, mais il renforceront aussi leur soutien si cela s’avère nécessaire pour prévenir les problèmes systémiques.

Le risque de défaut a augmenté en Chine ces dernières années. La situation s’aggravera si la crise du coronavirus provoque des faillites. Schroders y voit des avantages à long terme. Si les autorités sont plus enclines à autoriser des défauts de paiement, les entreprises seront obligées de faire des affaires de manière disciplinée et de gérer leur bilan.

Par ailleurs, Schroders constate que, par rapport à certains autres marchés émergents comme l’Amérique latine et l’Afrique, la Chine est beaucoup moins exposée au pétrole brut, ce qui devrait la rendre plus résistante à un affaiblissement des prix pétroliers. De plus, la Chine est aussi moins exposée aux aléas du tourisme que d’autres pays asiatiques comme la Thaïlande et elle gère mieux la pandémie que des pays comme l’Inde et le Brésil. D’une manière générale, les entreprises chinoises sont donc plus résistantes aux répercussions de la crise de la Covid-19.

Sélectionner des entreprises fortes

Compte tenu de la pression continue sur les bénéfices des entreprises et de l’acceptation des autorités chinoises de tolérer une augmentation des défauts de paiement, il est important de sélectionner les entreprises fortes capables de survivre et de prospérer. Une fois que la crise du coronavirus aura pris fin, Schroders s’attend à ce que les différents fondamentaux du crédit se reflètent dans les cours. De plus, les investisseurs doivent tenir compte des changements structurels dans le comportement des consommateurs et dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Les perspectives de crédit seront dès lors très différentes d’un secteur d’activité à l’autre et dépendront de la capacité d’adaptation des entreprises.

 

Communiqué par Schroders


Publié le 14 juillet 2020