Les 15 et 16 février 2011 se sont tenus les Journées de l’Economie, forum économique transfrontalier, qui ont rassemblé près de 300 personnes à la Chambre de Commerce du Grand Duché de Luxembourg. Cette 6ème édition, organisée par PwC au profit de l’association Jonk Entrepreneuren, avait pour objet une réflexion sur la compétitivité et la croissance comme problématique commune aux différentes parties prenantes de la Grande Région. La notion de compétitivité du Luxembourg était au cœur de la deuxième demi-journée. De nombreux intervenants se sont essayés à donner leur définition de celle-ci. Si on limitait cette compétitivité à ses seuls aspects de coût salarial et de charge fiscale supportée par une entreprise, cela laisse apparaître que le Luxembourg serait relativement bien placé par rapport à ses partenaires de la Grande Région. Néanmoins, la compétitivité inclut bien d’autres aspects et doit être appréhendée dans son évolution historique et tendancielle. Dans ces conditions, le Grand-Duché ne présente pas que des avantages. « Les entreprises du pays n’ont aucune chance ». L’avantage dont dispose le Luxembourg grâce à des coûts salariaux relativement faibles en raison d’une part importante de cotisations sociales subventionnées par l’Etat, est en train de se perdre. « Les entreprises du pays n’ont aucune chance. Les marchés publics sont rédigés de telle façon que les sociétés luxembourgeoises ne peuvent pas passer car elles sont en concurrence avec des firmes qui pratiquent les salaires minima.». Les modifications de l’attractivité économique sont cependant lentes et ne semblent pas encore inquiéter véritablement les acteurs économiques et sociaux. Il est donc devenu nécessaire de réfléchir à la modernisation de l’économie en prenant en compte les deux aspects de la compétitivité, à savoir la compétitivité structurelle à long terme (innovation, infrastructures) mais aussi la compétitivité à court terme qui est liée aux coûts et aux prix. Du point de vue microéconomique, la compétitivité demeure une problématique spécifique selon les secteurs d’activités économiques considérés. La nature des processus productifs met en évidence les considérations de coût du travail pour les activités manufacturières alors que les activités à forte valeur ajoutée, telles que l’informatique et les nouvelles technologies de l’information et de la communication, sont elles plus sensibles aux infrastructures matérielles et immatérielles qu’au coût salarial. Malgré tout, certaines tendances ressortent : les entreprises luxembourgeoises souffrent d’une érosion des marges sous l’effet conjugué de l’imposition des prix par le marché et des forces de concurrence internationale d’un côté, et de la hausse des coûts salariaux et de l’énergie, de l’autre. Le Luxembourg, comme la plupart des pays développés, souhaite fonder sa croissance économique et son développement durable sur l’innovation. Ses qualités compétitives sont liées à la capacité de compenser le déficit en main d’œuvre qualifiée en attirant des ressources humaines des régions frontalières ainsi que les meilleurs talents. Un reclassement de terrain qui débute il y a 11 ans et toujours pas d’aboutissement en vue. Il faut également citer les trop nombreuses charges administratives qui pénalisent la mise en œuvre rapide des projets décidés et constituent donc un frein au développement, autrement appelé handicap à la compétitivité. Comme le précise Robert Dennewald, Président de Eurobéton : « C’est l’horreur ici au Luxembourg. Je vous donne deux exemples de difficultés auxquelles ma société doit faire face. J’ai soumis un projet pour reclasser un terrain il y a 11 ans. Aujourd’hui, il n’est toujours pas reclassé en zone industrielle suite à un classement injuste en zone agricole en 1950. Autre illustration, mon entreprise travaille au Luxembourg depuis 1923 et elle vient de constater que la zone d’activité dans laquelle nous nous trouvons n’est pas une zone d’activité. Il est donc possible qu’un jour on soit obligé de fermer l’usine à cause de freins administratifs. ». On se rend alors bien compte de l’importance de mettre en adéquation les besoins des sociétés et les réalités administratives si on ne veut pas voir le Luxembourg se vider de ses industries. « Que faut-il raconter pour créer un choc ? » En phase avec les différents intervenants des Journées de l’Economie, le ministre de l’Economie et du Commerce extérieur, Jeannot Krecké, a affirmé la nécessité d’un choc dans l’opinion publique qui ne perçoit pas la lente érosion de la compétitivité du pays. Les besoins divergent selon la branche économique considérée et le Luxembourg doit valoriser les synergies et la mobilité au sein de la Grande Région, renouer le dialogue social, s’accorder sur les indicateurs conjoncturels, mettre en place des mécanismes d’alerte, se concentrer sur l’éducation et la formation et investir dans la recherche. Le ministre prévoit la publication prochaine d’un bilan pour faire le point sur les mesures d’amélioration de la compétitivité.

Publié le 22 février 2011