Par James Purcell, Group Head of Sustainable Investment, Quintet Private Bank.

Adolescent, j’étais très maigrichon. Alors que je rêvais désespérément d’abdominaux en tablette de chocolat et de biceps de la taille de ceux de Schwarzenegger, j'étais malheureusement trop paresseux pour aller m’entraîner en salle de sport. Manger sainement n'était pas vraiment mon truc non plus (et ce n'est toujours pas le cas puisque je savoure une assiette de nachos au moment même où j'écris ces lignes).

Mon formidable esprit d’adolescent a alors trouvé une solution apparemment imparable : les milk-shakes protéinés en poudre. J'en ai acheté plusieurs pots et avalé un énorme verre deux fois par jour, sans changer mes habitudes. Six mois plus tard – oh, surprise – je ne ressemblais en rien à Mister Univers. J'étais toujours le même gringalet, souffrant en plus d'une terrible indigestion.

Cela peut sembler être une comparaison étrange, mais c'est le cas de beaucoup d'investissements durables : vous avez l'impression de changer quelque chose, mais ce n'est pas le cas. Vous ne faites que boire un milk-shake protéiné.

Laissez-moi vous expliquer.

La plupart des fonds durables se débarrassent des « mauvaises » actions et achètent les « bonnes ». En tant qu'investisseur dans de tels fonds, lorsque vous regardez votre portefeuille, vous vous sentez bien ! Mais qu'est-ce qui a réellement changé ? La réponse est malheureusement très peu de choses.

Ce qui est « bon » et « mauvais » est peut-être mal défini, mais ce n'est pas ce qui compte ici. Ce qu'il faut plutôt garder à l'esprit, c'est que les actions sont des investissements effectués sur le marché secondaire : lorsque vous achetez une action, votre argent ne va pas à l'entreprise, mais à la personne qui vous vend l'action.

De même, si un fonds durable vend toutes ses « mauvaises » actions et n'achète que les « bonnes », cela ne change pas grand-chose. Le fonds pourrait faire valoir qu'en vendant, il restreint l'accès de l'entreprise à des futurs capitaux propres en faisant baisser le prix actuel. Mais de tels arguments ne tiennent pas après un examen minutieux.

Tout d’abord, parce que pour chaque vendeur, il y a un acheteur. Et ensuite, les entreprises lèvent rarement des fonds propres – donc même si le fonds durable a modifié le prix de l'action, cela n'aura pas d'impact dans un délai raisonnable.

Quelles sont donc les options qui s'offrent à un investisseur qui prend la durabilité au sérieux ?

Si vous ne pouvez pas influer sur l'accès des entreprises au capital, alors cherchez à modifier leur comportement. Achetez les actions, puis faites entendre votre voix grâce à ce que l'on appelle « l’actionnariat actif ». Cela signifie que vous cherchez à influencer le comportement des entreprises dans lesquelles vous investissez en votant lors des assemblées d'actionnaires et par le biais de « l’engagement », un dialogue formel et structuré sur les questions liées à l'environnement, la société et la gouvernance.

Chez mon employeur Quintet Private Bank, nous sommes actionnaires actifs pour le compte de nos clients. Nous le faisons en nous associant à des initiatives comme Climate Action 100+ et en tirant parti de l'expertise de sociétés comme EOS at Federated Hermes, un spécialiste de l'engagement en matière d'investissement durable qui compte près de 1 000 milliards d'euros d'actifs sous conseil.

Au cours des sept premiers mois de l’année, notre banque a voté sur 8 988 propositions présentées par les directions et les actionnaires lors de 592 assemblées générales annuelles. Cela inclut, par exemple, le vote contre certaines propositions qui n'abordaient pas les questions de diversité, ou le vote en faveur de propositions visant à renforcer la surveillance de l'impact environnemental.

L'actionnariat actif n’est pas la seule solution.

Les investisseurs durables déterminés devraient également s’appuyer sur l'innovation, notamment en cherchant à identifier les investissements qui ont un impact mesurable. Cela pourrait inclure le choix de fonds qui non seulement investissent exclusivement dans des actions à faibles émissions, mais vont également plus loin en compensant leur empreinte carbone résiduelle par des activités comme la plantation d'arbres.

Certains investisseurs seront enthousiastes à l'idée de découvrir de telles possibilités qui leur permettront de faire la différence. D'autres seront déçus de découvrir que les bonnes intentions ne suffisent pas à elles seules pour entraîner un changement durable. Il faut au contraire des efforts réels – dans le monde réel.

Comme l’a dit Jane Fonda dans ses fameuses vidéos fitness des années 80 : « On n’a rien sans rien ».


Publié le 03 novembre 2020