Lors de manifestation du Bridge Forum Dialogue, le 25 mars 2015 au Luxembourg, Pierre Gramegna revient sur les questions de la place du Luxembourg dans l’union économique et monétaire ainsi que sur les défis auxquels est confrontée l’UEM durant ces six années de crise.

 

Ainsi, devant une centaine de personnes, Pierre Gramegna est tout d’abord revenu sur la construction de l’UEM et de la monnaie unique pour enfin évoquer la crise de 2008 et les mesures prises au sein de l’Union Européenne pour renforcer UEM telles que la refonte du Pacte de stabilité et de croissance par exemple.

 

Pour le Luxembourg l’euro présente beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients :

 

Selon le ministre, Le Luxembourg est l’un des rares pays de « l’Union Européenne qui remplissent tous les critères et toutes les conditions. » En effet, du fait de la mise en place d’un budget pluriannuel en 2015, le pays respecterait l’équilibre définit par la Commission pour les quatre prochaines années. « Nous avons mis en ordre notre budget […] ce qui nous donne beaucoup de sérénité pour préparer l’avenir et surtout, renforce notre crédibilité à l’étranger » a ajouté Pierre Gramegna. En effet, pour un pays comme le Luxembourg « respecter tous ces critères n’est pas seulement une option mais c’est un "must" ». « Pour un pays plus grand, peut-être y a-t-il un degré de latitude, mais je préfère alors être un petit pays qui est dans l’obligation de respecter ces critères plutôt que d’être dans la situation inverse et de devoir interpréter les règles et d’éventuellement ne pas s’y conformer, parce que la sérénité [qui en découle] est porteuse de bons conseils et permet d’investir davantage dans l’avenir » a-t-il dit.

 

L’euro serait alors largement bénéfique au Luxembourg, notamment parce que la monnaie unique a garanti « la liberté de mouvement des capitaux ». Celle-ci a donc, selon le ministre, favorisé et renforcé la place financière Luxembourgeoise, tout en insistant sur le développement spectaculaire ces 15 à 17 dernières années. Outre cela, selon Pierre Gramegna, l’euro a également permis de gommer les risques liés aux taux de change, un « élément très important pour un pays qui exporte et importe beaucoup » comme le Grand-Duché.

 

Néanmoins, l’euro a aussi des désavantages. En effet l’euro encourage une spécialisation sectorielle qui participe à l’attractivité du pays. Le ministre affirme donc que « la place financière pèse pour 25% du PIB du pays ce qui oblige à des stratégies de diversification. » De plus, l’absence de taux change ne permet plus d’ajuster les prix et ainsi compenser des pertes de compétitivité.

Pierre Gramegna affirme que si le Luxembourg et l’Allemagne sont moins concernés c’est parce que « une monnaie unique assez forte ne dérange pas, même en tant que puissance d’exportation, quand les produits que vous exportez sont des produits leaders dans le monde »

 

La logique du marché unique s’oppose à celle de la fiscalité :

 

Selon le ministre, deux logiques s’opposent, à savoir celle du marché unique, "qui est transnationale", et celle de la fiscalité "qui est purement nationale" et où chaque Etat veut assurer un maximum de recettes fiscales. Pierre Gramegna affirme donc que « Cette intersection produit parfois des incohérences au marché unique et nous le regrettons en tant que Luxembourg, car c’est de notre intérêt que le marché unique joue à plein. » Il s’agit pour le ministre de souligner une réalité « parfois passée sous silence » a t-il dit.

 

Une meilleure appropriation des réformes

 

 

Pour Pierre Gramegna, les défis de l’UEM à l’avenir sont de passer par une approche davantage intégrée et harmonisée, en rapprochant les législations et en faisant en sorte que toutes les réformes recommandées par l’Europe et les mécanismes de surveillance soient mieux compris par les institutions nationales et surtout par les populations. « Il faut faire en sorte que les partenaires sociaux et les Parlements nationaux soient associés davantage à ces réformes » a précisé le ministre qui a insisté que ce serait le cas au Luxembourg où une procédure de partage d’information sur le semestre européen a été mise en place au sein du conseil économique et social. « Grâce à ces institutions nationales impliquées il sera plus facile d’expliquer aux populations ce que nous sommes en train de faire »

 

Pour Pierre Gramegna, l’application des règles communes est une autre exigence, pour laquelle «  il y va de notre crédibilité ». Il ne s’agit en aucun cas de les appliquer aveuglément à préciser le ministre, en soulignant le délai de quatre mois accordé à la Grèce dont le but était d’analyser les projets grecs « sans se précipiter ». Par ailleurs, le ministre insiste sur la simplification des règles, en effet celles-ci sont jugées la plupart du temps trop complexes. Pour Pierre Gramegna l’UEM serait donc perfectible mais l’euro a permis « un saut qualitatif exceptionnel ». Celui-ci a par ailleurs appelé à « veiller à ce que le développement d’intégration économique et monétaire aille de pair avec des marchés qui restent ouverts et qui permettent de développer le commerce, un souci important de notre pays ». 

 

Enfin lors de la séance de question qui a suivi la conférence, le ministre a insisté sur le fait que même sur des dossiers très important le Luxembourg seul ne pouvait rien faire ainsi il a soulignait le fait qu’il était indispensable pour le Luxembourg de trouver des alliés. « Notre rôle est de créer des ponts, pas de montrer du doigt les uns ou les autres. »

 

Pierre Gramegna a d’autant plus insisté sur la nécessité, dans le cadre de l’euro, de mener des réformes structurelles, notamment sur le marché du travail, pour retrouver de la compétitivité. "Si un pays refuse durablement de faire les ajustements, il ne respecte plus les règles de l’euro et il ne peut donc pas garder l’euro. Cela signifie un retour à la monnaie nationale qui dévaluera de manière spectaculaire par rapport à l’euro", a-t-il dit. "L’euro a également un prix, il faut s’adapter", a-t-il ajouté.


Publié le 27 mars 2015