Après dix ans d’absence, l’Argentine retrouve sa place au sein de l’indice MSCI Emerging Markets. Pablo Riveroll, Head of Latin American equities chez Schroders, explique quelles sont les implications pour les investisseurs.

Une bonne chose pour l’Argentine à court terme

En 1988, l’Argentine avait été un des premiers pays à être inclus dans l’indice MSCI EM. En 2009, elle fut rétrogradée au statut de frontière en raison des restrictions imposées aux flux de capitaux entrants et sortants. Pablo Riveroll considère que ce retour au sein de l’indice est une bonne chose à court terme. Cela pourrait se traduire par un afflux de capitaux de 1 milliard de dollars provenant d’investisseurs passifs. Les investisseurs actifs à long terme se baseront quant à eux sur les mesures politiques qui seront prises après les élections présidentielles d’octobre de cette année. Par ailleurs, la reprise économique reste sensible aux fluctuations de la croissance mondiale et aux conditions financières mondiales. Schroders suit l’évolution de la situation, mais continue pour l’instant à faire preuve de prudence envers l’Argentine.

 

Déséquilibre économique

Au début du XXe siècle, l’Argentine était une des économies les plus prospères du monde et elle pouvait rivaliser avec la France et l’Italie. Mais comme l’économie argentine est ouverte et orientée vers l’exportation, l’Argentine s’est retrouvée exposée à des chocs extérieurs à cause de sa dépendance aux exportations agricoles. Plusieurs périodes de politique interventionniste ont provoqué des déséquilibres dans l’économie. Il y a eu notamment des périodes d’hyperinflation, d’accumulation de dette extérieure, puis de défaillances (la dernière en 2014), ce qui a entraîné une série de dévaluations du peso argentin. De ce fait, le pays détient le record du nombre le plus élevé de défauts de paiement sur sa dette, y compris le taux de défaut le plus élevé jamais enregistré.

 

Récession et inflation

L’élection du Président Macri en 2015 a fait souffler un vent d’optimisme et renaître l’espoir d’une politique plus conventionnelle incluant des réformes favorables au marché. Les contrôles monétaires ont été supprimés et les subventions dans les secteurs de l’énergie et des transports ont été réduites, tandis que le système fiscal et celui des retraites ont été réformés. Mais le rythme des réformes s’est ralenti. L’inflation reste élevée et l’appréciation du dollar a affecté la situation extérieure et budgétaire du pays. La sécheresse a provoqué une crise monétaire et une récession. En réaction, la banque centrale d’Argentine a relevé les taux d’intérêt à plus de 60 % tandis que le gouvernement a été contraint de contracter un prêt de 56 milliards de dollars auprès du FMI, le prêt le plus élevé jamais consenti par le FMI. La crise a forcé le gouvernement à prendre des mesures correctrices. Des droits d’importation temporaires ont été instaurés. L’instauration de nouveaux contrôles des capitaux semble cependant peu probable, car la suppression de ceux-ci était une condition préalable à l’inclusion de l’Argentine dans l’indice EM.

 

Investir en Argentine en tenant compte de la volatilité

Les investisseurs en Argentine ont été confrontés à une volatilité considérable, même selon les critères des marchés émergents. L’indice MSCI Argentina a dégagé un rendement d’environ 74 % en dollars en 2017 avant de dévisser de 51 % en 2018. Le marché boursier argentin a la volatilité la plus forte des pays émergents depuis le lancement du MSCI EM. La pondération de l’Argentine dans l’indice est actuellement de 0,3 % (contre 5 % au départ) et seulement 2,5 % dans l’indice MSCI Latin America. L’impact est donc aujourd’hui limité.

L’inclusion de l’Argentine dans l’indice EM offre un potentiel très positif. Elle permet d’élargir la base d’investissement institutionnel dans ce pays. Mais il est difficile de promouvoir les placements en Argentine en cette période d’incertitude liée à la récession économique, à l’inflation élevée et à l’approche des élections. Pour les investisseurs, les élections sont la plus grande source d’incertitude. Le test pour le nouveau gouvernement sera de voir s’il parvient à museler l’inflation et à remettre l’économie sur les rails. Ses chances de réussite sont encore incertaines, au même titre que celles liées aux réformes à long terme et à l’ampleur du déficit extérieur.

 

Communiqué par Schroders


Publié le 01 juillet 2019