Le secteur de l’investissement ne doit pas se contenter de parler aux consommateurs, il doit aussi apprendre à parler AVEC eux. Et les autorités de contrôle ont un rôle à jouer à ce niveau, selon Sheila Nicoll, Head of Public Policy chez Schroders. Un changement de culture s’impose pour convaincre les Européens d’investir.

L’argent est (encore) un sujet tabou

Contrairement aux Américains, les Européens n’aiment pas parler argent et ne sont pas vraiment à l’aise avec les investissements. Chez Schroders, nous espérons que les mentalités vont évoluer. L’objectif de la Commission européenne est d’élargir et approfondir les marchés des capitaux. Le curseur se déplace lentement. La culture de l’investissement est encore nébuleuse en Europe, mais la situation pourrait évoluer.

La réticence des Européens à investir sur les marchés des capitaux peut être attribuée à plusieurs facteurs tels que l’aversion pour le risque, la peur de l’inconnu, le manque de confiance ou des connaissances insuffisantes en finance. Et ces facteurs ont en outre tendance à se renforcer mutuellement. 

La réglementation mise en place vise à mieux protéger les investisseurs. C’est important, mais cela ne suffira pas à les convaincre d’investir. Pour Schroders, il est aussi important de réfléchir à ce qui pourrait pousser les consommateurs à franchir le pas.

 

Impliquer les gens dans leur planification financière

Chaque décision d’investissement est unique. Les consommateurs ne pensent pas en termes de produits d’investissement, mais veulent plutôt trouver des solutions à des problèmes qu’ils rencontrent dans la vraie vie. Ils doivent donc être amenés à réfléchir à la réalisation d’objectifs financiers. Pour créer une véritable culture de l’investissement, il faut que les gens se sentent impliqués. Qu’ils envisagent l’investissement dans le contexte plus large de leurs besoins financiers. 

Schroders insiste sur le fait qu’il ne suffit pas d’inonder les gens de produits et d’informations pour convaincre ceux-ci d’investir. Il s’agit surtout de les accompagner, de les encourager et de répondre à leurs besoins. Une première étape est de les aider à élaborer un plan d’investissement.

 

Tout commence par un plan

Pour commencer, il s’agit de vérifier si la personne possède suffisamment de revenus disponibles et si elle peut s’en passer à court terme. Il convient d’attirer l’attention des investisseurs débutants sur la nécessité d’une vision à long terme, pour pouvoir résister à la volatilité sur le court terme. Avant de parler des produits, il faut d’abord parler de l’allocation des actifs en abordant notamment les questions du prix, du risque et des caractéristiques de rendement.

 

Faciliter (la discussion autour de) l’investissement

L’économie comportementale nous a appris que si nous voulons que les gens fassent quelque chose, il faut que cela soit facile pour eux. Dans un même temps, il faut garder à l’esprit que les besoins financiers des gens sur le long terme et les décisions que ceux-ci doivent prendre peuvent s’avérer particulièrement complexes. D’où l’importance de les encourager, de les aider et de les accompagner.

Le principe de base est que le secteur, qu’il s’agisse de conseillers ou de fournisseurs de produits, leur parle dans une langue qu’ils sont capables de comprendre - et la réglementation doit aider en ce sens.

 

Schroders insiste sur plusieurs points :

- Les connaissances dans le domaine financier sont cruciales. Pour pouvoir parler finances aux consommateurs, il faut s’adresser à eux à des moments de leur vie où ils sont intéressés par le sujet.

- L’accompagnement, les conseils et la planification financière doivent être fiables et de grande qualité.

- Un plan financier nécessite une vision d’ensemble de la situation financière du consommateur.

- Le secteur de l’investissement doit apprendre à mieux communiquer avec les investisseurs. Les autorités parlent de transparence, mais mieux vaut se concentrer sur les informations que le consommateur souhaite et dont il a besoin, dans un format qui lui convient.

Il n’existe pas de solution toute faite pour convaincre les consommateurs de commencer à investir. Les amener à y réfléchir constitue déjà une belle avancée.


Publié le 04 août 2020