Par Ilario Attasi, Head of Group Investment Research, KBL European Private Bankers.

Depuis que la première voiture de série est sortie de la chaîne de montage il y a un siècle, l'industrie automobile a investi dans l'innovation : clignotants, régulateur de vitesse, freins antiblocage, essuie-glaces intermittents, transmission automatique, direction assistée, airbags, quatre roues motrices et, mon préféré, le porte-gobelet.

Étant donné que l'industrie investit environ 100 milliards d'euros par an dans la recherche et le développement, ce qui est surprenant, ce n'est pas que l'automobile ait évolué, mais que le milliard de voitures particulières présentes sur les routes aujourd'hui ne soit pas plus différent.

Alors que l’industrie vit son changement le plus important depuis que le modèle T a remplacé le cheval et la carriole, elle semble faire face à un bouleversement inédit – simultanément sur deux fronts.

Le moteur à combustion interne à essence – la technologie de base de presque toutes les voitures jamais construites – sera remplacé par un moteur électrique qui n'a pas de pièces mobiles et qui tire son énergie de batteries Lithium-ion. Parallèlement, l'ère de la voiture sans conducteur commence à poindre.

Bien qu'aucun de ces changements n'intervienne du jour au lendemain, les deux semblent inévitables.

Il est vrai que sur les 80 millions de voitures particulières vendues dans le monde l'an dernier, seulement deux millions d'entre elles étaient des véhicules électriques (VE), avec en tête le modèle 3 de Tesla, la série BAIC EC de Chine et le LEAF de Nissan. Toutefois, les ventes de ce type de voitures devraient monter en flèche, avec 250 millions de VE sur les routes du monde d'ici 2030, selon l'Agence internationale de l'énergie.

Tesla, par exemple, s'apprête à augmenter massivement la production de cellules de batterie, ce qui réduira le coût de ces composants au fil du temps et fera probablement baisser le prix des VE par rapport à celui des automobiles à essence. Combiné à des coûts d'entretien et d'exploitation considérablement réduits, le chiffre d'affaires sera encore renforcé par une sensibilisation accrue du public au changement climatique et par des subventions gouvernementales.

Parallèlement, la dynamique des véhicules dits autonomes (VA) - capables de détecter l'environnement et de naviguer avec peu ou pas d'intervention humaine - continue de s'intensifier.

GM a maintenant levé près de 4 milliards d'euros pour financer le développement des VA, tandis que Volkswagen et Ford ont annoncé qu'ils allaient investir conjointement des milliards d'euros supplémentaires. Le plus grand gagnant potentiel, cependant, pourrait être Google, dont la filiale d'auto-conduite, Waymo, se concentre sur la construction du logiciel pour alimenter les véhicules autonomes de demain - et sur l'octroi de licences pour cette technologie aux constructeurs automobiles.

La transformation de l'industrie créera d'énormes opportunités à plus long terme; pour l'instant, cependant, elle rend surtout la vie plus difficile aux constructeurs automobiles du monde entier.

À une époque où la technologie évolue rapidement – ce qui exige des investissements massifs en R-D initiale – la situation économique mondiale se détériore, en partie à cause de l'escalade des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, les deux plus grands marchés automobiles du monde.

Comme on pouvait s'y attendre, les ventes d'automobiles sont sous pression.

En Europe, le chiffre d'affaires du mois de juin est en baisse de 7,9 % sur un an, soit la neuvième baisse sur les 10 derniers mois. Aux États-Unis, malgré la vigueur de l'économie nationale, les ventes de voitures neuves sont également en baisse, de 1,5 % en juin. Et alors que la Chine a vu ses ventes augmenter de près de 5 % le même mois, il s'agit de la première hausse en plus d'un an et s'explique par des rabais importants.

Tout cela donne à penser qu’investir aujourd’hui dans l’automobile est un défi. Les ratios de valorisation peuvent sembler bon marché, mais les constructeurs et les fournisseurs d'automobiles font face à une croissance des revenus faible à négative, ainsi qu'à d'importants risques cycliques et structurels.

Même s'il semble presque certain que les voitures de demain seront électriques et sans conducteur, il est encore trop tôt pour dire quelles marques les fabriqueront. Pour les constructeurs automobiles du monde entier, la route s'annonce plus que cahoteuse.


Publié le 30 juillet 2019