Tina Fong, stratégiste chez Schroders, estime que les pays qui ont été en mesure de protéger leur population face à la propagation du virus, l’année dernière, ont pu relancer leur croissance. Toutefois, le déploiement rapide d’un programme de vaccination sera crucial cette année.

Les conséquences économiques de l’absence de protection de la population

La recherche montre que la récession économique la plus grave a coïncidé avec des taux de mortalité élevés. En règle générale, les pays à forte croissance économique étaient aussi ceux qui protégeaient le plus efficacement leur population.

Schroders a examiné la surmortalité pour se faire une idée plus complète des effets dévastateurs du virus. La surmortalité est le nombre estimé de décès dus à la pandémie par rapport au nombre de décès survenus si le virus ne s’était jamais propagé.

 

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L’efficacité des autorités à contenir le virus l’année dernière a varié au sein des pays du Benelux. Le Luxembourg a connu une croissance économique plus forte que les Pays-Bas et la Belgique, qui ont dû faire face non seulement à une contraction importante de l’activité, mais aussi à des taux de mortalité plus élevés (mesurés par la surmortalité).

La réaction rapide de Taïwan et de la Chine à la pandémie a également permis à ces économies de rebondir plus rapidement. Il est possible que les gouvernements d’Asie aient tiré des leçons douloureuses des pandémies précédentes. Les conséquences économiques les plus graves ont été observées dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord et du Sud. L’économie britannique a été l’une des moins performantes en 2020.

Malgré un taux de mortalité plus élevé dû à la Covid-19 dans des pays comme la Russie et l’Afrique du Sud, l’impact sur le PIB a été moindre que dans des pays comme le Royaume-Uni. Cela s’explique par le fait que les restrictions de confinement ont été assouplies plus tôt dans certaines de ces économies. Par exemple, l’indice de rigueur de la réponse du gouvernement à la Covid-19 (un indicateur utilisé pour mesurer la réponse politique à la pandémie) montre que les restrictions en Russie ont été considérablement assouplies dès l’été dernier.

Il est clair que plusieurs facteurs ont eu un impact sur le taux de mortalité dû à la Covid-19 et sur l’économie, sur lesquels les responsables politiques n’avaient aucun contrôle dans le cadre de la gestion de la crise. Toutefois, il s’agit d’une manière simple d’illustrer comment les pays ayant protégé plus efficacement leur population ont obtenu de meilleurs résultats en matière de croissance.

Le rythme des vaccinations a-t-il une incidence sur les perspectives de croissance?

Plusieurs facteurs ont un impact sur la mortalité et sur l’économie. Une fois de plus, la rapidité avec laquelle les pays se vaccinent n’est pas le seul moteur en matière de renforcement des prévisions de croissance. Dans son analyse, Schroders n’a pas pris en compte le niveau d’immunité naturelle de chaque pays contre la Covid-19, mais elle constate que les pays où les prévisions de croissance sont revues à la hausse sont aussi ceux étant les plus en avance en matière de vaccination. On observe un changement. Les pays dont les taux de mortalité sont très élevés – comme le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada – montrent l’exemple avec leurs programmes de vaccination. Les mesures de relance budgétaire, comme c’est notamment le cas aux États-Unis, contribueront également à renforcer les prévisions de croissance.

De nombreux marchés émergents ont du mal à mettre en place un programme de vaccination. Le Chili constitue une exception. Les prévisions de croissance plus élevées au Chili sont liées à cela, ainsi qu’à la hausse du prix du cuivre. Au Mexique, la vaccination est lente, mais les perspectives économiques sont favorables en raison du haut degré d’immunité naturelle de groupe. Il y aurait également des retombées de la relance budgétaire américaine.

L’Asie est efficace en matière de confinement, mais moins en matière de vaccination

Les pays de la région Asie-Pacifique ont réussi à protéger la population, mais accusent un retard en matière de vaccination. Il en résulte des prévisions de croissance mitigées pour ces pays. Les perspectives de croissance de la Nouvelle-Zélande ont été revues à la baisse, malgré la vigueur des dépenses publiques. Toutefois, le consensus est devenu plus optimiste concernant les perspectives de Taïwan. Cela peut également être dû à la récente pénurie de puces, qui a stimulé la demande et la production de semi-conducteurs taïwanais, lesquels contribuent de manière importante à l’économie.

Le défi pour ces économies : parce qu’elles ont réussi à contenir le virus et à réduire la mortalité, elles peuvent devenir complaisantes en ce qui concerne la vaccination de leur population. Cette situation est illustrée par la récente augmentation des taux d’infection à Taïwan, qui a conduit à appliquer de nouveau des mesures restrictives. Compte tenu de la faible immunité naturelle, il est peu probable que ces pays puissent rouvrir complètement leurs frontières avant qu’une grande partie de la population ait été vaccinée.

Globalement, la conclusion de Schroders est qu’il est dans l’intérêt des gouvernements du monde entier de faire vacciner leur population. Ce faisant, ils sauvent des vies et soutiennent leur économie.

Communiqué de presse Schroders


Publié le 02 juin 2021