Par Daniele Antonucci, Chief Economist chez Quintet Private Bank.

Il y a près de deux siècles, un homme politique américain peu connu qui se présentait au Sénat de son État avertissait qu’« une maison divisée contre elle-même ne peut pas subsister ». Même s'il a perdu cette élection et qu’il n'a pas pu empêcher son pays de plonger dans une guerre civile qui a fait quelque 750 000 morts, Abraham Lincoln avait raison.

Aujourd'hui, le peuple américain est peut-être plus divisé qu'à aucune autre période depuis la guerre civile de 1861-65. Ces divisions – sur le coronavirus, les inégalités de revenus et de races, le changement climatique et l'immigration, pour ne citer que quelques exemples – sont relayées par un gouvernement tout aussi divisé.

Dans la perspective des élections de novembre, le principal enjeu pour l'économie et les marchés ne sera pas le vainqueur de la course entre Donald Trump et Joe Biden. Mais il le sera si les États-Unis continuent d'être dirigés par un gouvernement divisé ou, au contraire, si les électeurs choisissent un gouvernement unifié – le même parti contrôlant la Chambre des représentants, le Sénat et la Maison blanche.

Comme le montre l'Histoire, les gouvernements américains divisés ont tendance à faire face à des impasses tandis que les gouvernements unifiés sont porteurs de la promesse d'un changement politique important.

À elle seule, une présidence Biden s'accompagnerait de priorités différentes, notamment une augmentation de l'impôt sur le revenu des personnes les mieux rétribuées et de l'impôt sur les sociétés, une augmentation des dépenses d'infrastructure, une initiative de santé publique, un accent important sur la durabilité et une approche moins conflictuelle du commerce mondial.

Toutefois, si la composition actuelle du Congrès reste inchangée – avec un Sénat contrôlé par les Républicains et une Chambre à majorité démocrate – le président Biden aura du mal à traduire ses priorités en actes législatifs. Par conséquent, les perspectives économiques et de marché du pays resteraient très probablement similaires, même si une surveillance réglementaire accrue pourrait exercer une pression sur les valeurs pharmaceutiques, financières, énergétiques et technologiques. Le dollar américain se déprécierait sans doute légèrement tandis que les taux resteraient probablement stables.

En comparaison, une main-mise démocrate verrait une augmentation des dépenses de l'État, en particulier pour les projets d'infrastructure, soutenant une croissance plus élevée et une légère augmentation des rendements obligataires – la Réserve fédérale plafonnant toute augmentation des taux d'intérêt. Une hausse de l'impôt sur les sociétés aurait bien sûr un impact sur les bénéfices.

Bien qu'aucun président américain n'ait été réélu dans un contexte de récession depuis 1952, et même si Donald Trump est en baisse dans les sondages aujourd'hui, beaucoup de choses pourraient changer d'ici le 3 novembre.

Dans l’hypothèse où Donald Trump est réélu mais que les Républicains ne parviennent pas à unifier le Congrès – ce qui signifie le maintien du statu quo – alors attendez-vous à ne voir que des changements politiques modérés à court terme, y compris une prolongation potentielle des réductions d'impôts arrivant à échéance. La politique budgétaire demeurerait probablement expansionniste et réactive, les taux d'intérêt resteraient pour la plupart dans une fourchette et le dollar continuerait à s'affaiblir progressivement.

Une main-mise républicaine – qui dépend probablement d'une reprise en V – signifierait probablement que les réductions d'impôts seraient intégrées dans la politique fédérale, que la croissance du PIB s'accélérerait et que le dollar se renforcerait lentement mais sûrement. Sur fond de déficit croissant, les rendements obligataires n'augmenteraient que légèrement – car la Réserve fédérale les maintiendrait probablement à des niveaux bas – tandis que les services financiers et les entreprises du secteur de l’énergie bénéficieraient de la poursuite de la déréglementation. Les tensions commerciales avec la Chine continueraient très certainement à croître.

Parmi ces quatre scénarios, les sondages actuels suggèrent que le plus probable est une présidence Biden, le maintien d'une Chambre à majorité démocrate ainsi qu’une chance sur deux d'avoir également un Sénat démocrate.

Évidemment, les opinions changent et les sondages ne sont pas une science exacte. Il y a de cela quatre étés, Hillary Clinton avait 12 points d'avance sur Donald Trump dans la course à la Maison Blanche. À l'époque, selon CNN, 55 % des personnes interrogées ont déclaré qu'elles ne voteraient jamais pour lui.


Publié le 24 juillet 2020