Par Amrendra Sinha, Group Head of Direct Equities au sein de Quintet Private Bank.

Ces derniers mois ont été éprouvants pour de nombreuses entreprises des secteurs cycliques, lesquels fluctuent généralement en fonction de la santé globale de l'économie et incluent notamment des secteurs comme l'automobile, le transport aérien, les loisirs, l'hôtellerie et la grande distribution.

La liste des entreprises victimes du coronavirus est longue et ne cesse de grandir. Aux États-Unis, le nombre de faillites a augmenté de près de 50 % entre le mois de mai 2019 et le même mois en 2020. De grandes marques américaines comme J. Crew, Hertz, Gold's Gym, Neiman Marcus et JCPenney ont toutes déposé leur bilan sous la protection du Chapitre 11 depuis le début de la pandémie.

En Europe, malgré l'extension des facilités de crédit, des garanties de liquidité et des subventions, la situation est tout aussi triste. En avril, les ventes de vêtements et d'accessoires ont chuté de 50 % au Royaume-Uni, de 67 % en France et de plus de 80 % en Espagne. Après la réouverture de nombreuses enseignes ayant pignon sur rue, la confiance des consommateurs a légèrement augmenté – mais un retour rapide et complet aux niveaux observés avant la pandémie semble peu probable, même si l'économie mondiale montre des signes toujours plus nombreux que la phase de désespoir commence à laisser place à celle du redressement.

Dans la mesure où cette reprise en U a désormais franchi le creux de la vague, il est probable que les cours des valeurs cycliques ont déjà eux aussi atteint leur niveau le plus bas. Bien que les niveaux de valorisation semblent globalement attrayants, une grande incertitude demeure toutefois quant aux perspectives de l'économie mondiale avec l’impact d’une possible deuxième vague de contamination. Il est donc important de rester sélectif lorsqu'on investit dans ces entreprises.

De nombreuses entreprises cycliques vont devoir assainir leurs bilans et attendre une reprise de la demande avant de pouvoir renouer avec une forte croissance des bénéfices. Pour celles qui ont été les plus touchées par le confinement, le rythme de reprise risque de varier considérablement. Dans le secteur du transport aérien, les vols sur courtes distances devraient reprendre avec une plus grande fréquence que celle des vols long-courriers – ce qui laisse présager des perspectives plus favorables pour les transporteurs régionaux à bas prix plutôt que pour les compagnies aériennes traditionnelles.

En termes d'investissement, les entreprises cycliques confrontées à des difficultés structurelles –comme la grande distribution et les constructeurs automobiles traditionnels – restent peu attrayantes. En comparaison, les entreprises capables de se développer sur le long terme sont plus attrayantes. C’est le cas, par exemple, des fabricants de semi-conducteurs et des exploitants de mines de cuivre qui fournissent les composants et les matières premières nécessaires à notre mode de vie de plus en plus digital.

Selon la même logique, les boutiques en ligne semblent manifestement plus résilientes que les entreprises traditionnelles ayant pignon sur rue. Selon l'institut de recherche américain eMarketer, les ventes au détail devraient fléchir d'environ 4 % sur l'ensemble de l'année en Chine, pays en passe de devenir le plus grand marché mondial de détail d'ici fin 2020. Sur la même période, la distribution en ligne devrait augmenter en Chine de quelque 16 %, soit environ 40 % des ventes totales.

Alors que les marchés américains – et les entreprises des secteurs de la technologie et de la santé en particulier – semblent être structurellement porteurs d'espoir, les plus grandes entreprises, qui dominent déjà leur secteur, devraient ressortir gagnantes. Elles seront en mesure d'investir dans leurs modèles économiques afin d'accroître encore davantage leurs parts de marché, de racheter des concurrents plus petits à prix réduit et d'étendre leurs activités sur de nouveaux marchés où des perspectives se dessinent.

Il en va de même pour les entreprises des secteurs cycliques, secteurs dans lesquels la capacité à surmonter la crise et à investir dans l'avenir est particulièrement cruciale.

Alors que l'économie mondiale s'engage de plus en plus clairement dans la phase de redressement – avec l'appui de politiques monétaires et budgétaires agressives – il ne faut pas s'attendre du jour au lendemain à une hausse massive du nombre de réservations de croisières, de tables de restaurants gastronomiques ou de voyages autour du monde. En revanche, il faut s’attendre à voir des signes indiquant que, même si elles sont touchées aujourd'hui, les valeurs cycliques sont loin de couler.


Publié le 30 juin 2020